Il y a un an, Bioforce lançait l’étude The State of Humanitarian Professions 2020 (SOHP) à partir d’une idée : le niveau et la qualité de l’aide humanitaire dépendent largement de la disponibilité, de la qualité et du professionnalisme de son personnel. Avec le soutien de la Direction de la Coopération Internationale de Monaco et l’appui d’un comité consultatif composé d’Humanité et Inclusion, ALNAP, PHAP, CHS Alliance, NRC, le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies et le CICR, Bioforce a depuis dressé le premier état des lieux international des métiers humanitaires.

Près de 1 000 humanitaires se sont exprimés au cours d’entretiens, d’ateliers dans dix pays, et dans une enquête à grande échelle. Ces premiers résultats ont été présentés le 17 novembre 2020 lors d’une conférence en ligne en présence de 566 professionnels humanitaires de tous les continents qui ont rejoint cet espace de réflexion et d’échange.

Toutes ces contributions ont permis d’obtenir pour la première fois des informations chiffrées, mesurées et, de fait, déterminantes autour de vingt-quatre métiers humanitaires et leur évolution, de leurs activités, des compétences qu’elles requièrent, de leur degré de professionnalisation, et plus largement autour des pratiques de recrutement et d’évolution professionnelle qui ont cours dans le secteur humanitaire.

Ce que l’étude SOHP permet de mettre en évidence :

  • L’humanitaire constitue une voie de carrière professionnelle (54 % des participants à l’étude et 79 % des participants à la conférence envisagent d’y travailler pendant au moins 10 ans).
  • Des compétences spécifiques au secteur sont nécessaires pour y réaliser un parcours professionnel (pour 82 % des participants à l’étude et 86 % des participants à la conférence).

Mais l’étude SOHP révèle également des points de vigilance : Ces compétences sont insuffisamment reconnues et vérifiées, car les processus de recrutement dans la culture humanitaire et dans les pratiques accordent une place prépondérante à l’expérience humanitaire. Ces pratiques constituent un frein à l’intégration de nouveaux entrants et à la diversité des profils, singulièrement d’acteurs nationaux à l’heure de la localisation. Elles comportent des risques de favoritisme, d’entre soi, de recrutements de « semblables », voire de népotisme ou de comportements abusifs, en l’absence de données mesurables et vérifiables. Ne pas mettre en avant ces compétences peut fragiliser la redevabilité vis-à-vis des bénéficiaires de notre aide.

La manière dont les équipes sont recrutées représente ainsi un risque pour celui qui reçoit l’aide. C’est le contraire de la professionnalisation, qui implique des parcours professionnels basés sur des compétences vérifiables, validées et reconnues par une communauté professionnelle.

Et maintenant ?

Le succès rencontré par l’étude SOHP confirme l’intérêt que le secteur humanitaire accorde aujourd’hui à ces enjeux de professionnalisation. 95 % des 566 participants à la conférence souhaitent que ce travail qu’un des experts a décrit comme « décisif et qui arrive à point nommé » soit poursuivi à l’avenir. A travers SOHP, Bioforce démontre la nécessité d’un espace collectif de consultation, de partage d’initiatives, mais surtout de coordination et de pilotage sur ces questions, avec notamment 19 recommandations à découvrir dans le rapport final.

D’un bout à l’autre de la chaine humaine que constitue l’aide humanitaire, depuis celui qui se mobilise pour apporter l’aide, à celui qui la reçoit, la professionnalisation du secteur humanitaire constituera une contribution forte au processus de localisation et la garantie d’une aide apportée par des professionnels dont les compétences sont vérifiées, validées et reconnues.

Pour lire le rapport complet en français, cliquez ici.

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