Appel à contributions pour le N°26 d’Alternatives Humanitaires

Dans la perspective de son 26numéro à paraître en juillet 2024, la revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour son dossier qui sera consacré au thème dont le titre provisoire est « Le travail humanitaire aujourd’hui ». Si vous êtes intervenant·e, chercheur·euse ou observateur·ice du milieu humanitaire international, et souhaitez soumettre un projet d’article sur ce thème, merci d’adresser un résumé de votre problématique et un plan provisoire (2 pages maximum) avant le 8 janvier 2024, à l’adresse mail suivante : contact@alternatives-humanitaires.org La réponse vous sera adressée le 15 janvier 2024 au plus tard.

L’article final – rédigé en français ou en anglais – devra être rendu le 21 mai 2024, le calibrage moyen se situant aux alentours de 15 000 signes, espaces compris (soit 2 400 mots environ). Six ou sept articles environ seront retenus dans le cadre de ce dossier.

Pour chaque numéro, nous étudions également les projets d’articles portant sur des thématiques en relation avec l’action humanitaire autres que celle du dossier, et qui trouvent place dans les rubriques « Perspectives », « Transitions », « Innovations », « Éthique », « Reportage » ou « Tribune ». Nous vous invitons à nous faire parvenir vos propositions.


Le travail humanitaire aujourd’hui

Un dossier/focus copiloté par Pascal Dauvin – Maître de conférences en Science politique habilité à diriger les recherches, directeur du master Politiques de coopération internationale à l’Institut d’études politiques de Saint-Germain-en-Laye

et Boris Martin, rédacteur en chef

Au début des années 2000, la « professionnalisation » était le mot d’ordre en vigueur dans le secteur humanitaire[1]« Ce principe de rationalité gestionnaire, contesté aujourd’hui seulement à la marge, est, on le sait bien, un cadre cognitif imposé par les bailleurs et, on le dit moins, par les partenaires … Continue reading. Vingt ans plus tard, cette professionnalisation a incontestablement accompli son œuvre. Elle n’est plus un processus, appelé de leurs vœux par beaucoup, critiqué par certains. Elle est un fait (salariat, carrière, standardisation des pratiques, division de plus en plus complexe du travail…), même si son invocation perdure sans que l’on sache très bien s’il faut y voir le signe d’une méconnaissance de cette évolution ou celui d’une critique tournant à vide. On peut néanmoins se demander si la communauté des organisations non gouvernementales (ONG) humanitaires ne peine pas depuis quelques années à trouver un second souffle. Comme si la structuration du secteur – dont les bénéfices ne sont pas contestables – avait contribué à gommer sa singularité faite de militantisme et de vocation, déboussolant parfois les « anciens » et désenchantant peut-être les « nouveaux » venus.

Course à la « taille critique », mise en place de techniques de management inspirées du secteur privé marchand[2]Bruno Cazenave, Emmanuelle Garbe et Jérémy Morales, Le management des ONG, La Découverte, 2020. Voir également : Boris Martin, L’adieu à l’humanitaire ? Les ONG au défi de l’offensive … Continue reading, intégration de cadres venus du monde de l’entreprise, addition de processus de validation et d’évaluation, de règles de redevabilité… Toutes ces traductions concrètes de la professionnalisation – pourtant au service d’une efficacité plus grande des ONG – n’ont-elles pas fini par désabuser nombre de professionnels du secteur ? Quel imaginaire la jeune génération de futurs humanitaires formés dans les nombreuses filières écloses depuis vingt ans projette-t-elle sur ce secteur quand, dans le même temps, celui-ci n’échappe pas aux dénonciations de pratiques discriminantes en termes de genre ou d’origine ? L’émergence, relativement tardive, de syndicats ou de branches syndicales propres au monde associatif est-elle un prolongement de cette professionnalisation ou une forme de résistance aux effets induits par cette dernière ? Peut-on parler de « ressources humaines déshumanisées dans l’humanitaire », alors même que la noblesse du combat et l’aura des travailleurs humanitaires a longtemps servi de bannière au secteur ? Le militantisme ne s’est-il pas usé à l’épreuve du professionnalisme et à quels moyens peut-on penser pour le réactiver ? Ou s’est-il grâce à lui réinventé, se frayant un chemin entre exigences croissantes des bailleurs et soutien sans cesse renouvelé mais plus critique des donateurs ?

Si, toute comme la rhétorique de la professionnalisation, ce nouveau dossier de la revue Alternatives Humanitaires puise dans l’expérience des ONG françaises, il est appelé à apprécier cette évolution en miroir de celle qu’ont connue les ONG anglo-saxonnes. Comment y vit-on l’hyper spécialisation, le militantisme et l’exposition dans des environnements de plus en plus complexes desquels les humanitaires ne sortent pas toujours indemnes, en termes de santé mentale notamment ? Quelles voies de reconversion empruntent ceux qui font le choix de s’en éloigner pour œuvrer dans le travail social ou à titre d’indépendants, irriguant ainsi de nouveaux secteurs par leur expérience humanitaire ?

Et qu’en est-il dans le « monde majoritaire », dans ce « Sud global » où les ONG locales ont aussi gagné en compétences et en importance ? De plus en plus en première ligne, invitées à se professionnaliser toujours davantage, elles sont demandeuses d’une « localisation », qui permettrait ce mouvement, mais que peinent manifestement à mettre en place les ONG et les bailleurs du « monde minoritaire ».

Des ONG francophones aux ONG des pays d’intervention en passant par les ONG anglo-saxonnes, ce numéro ambitionne de faire un état des lieux de ce qu’est le travail en ONG aujourd’hui et des défis organisationnels auxquels sont confrontées les structures. Qu’est-ce qui a changé en vingt ans, quelle est la sociologie actuelle des volontaires, bien souvent en statut salarié d’ailleurs, leurs attentes et leurs interrogations ? Quels sont les impacts de modes de gouvernance et de management sur leur façon de travailler, de vivre l’engagement humanitaire tout simplement ?

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References

References
1 « Ce principe de rationalité gestionnaire, contesté aujourd’hui seulement à la marge, est, on le sait bien, un cadre cognitif imposé par les bailleurs et, on le dit moins, par les partenaires locaux » : Pascal Dauvin, « Être un professionnel de l’humanitaire ou comment composer avec le cadre imposé », Revue Tiers Monde, n° 180, tome xlv, octobre-décembre 2004, p. 825-840. Cet article s’inscrivait dans la lignée des travaux que l’auteur avait menés avec Johanna Siméant-Germanos, au premier rang desquels leur ouvrage Le travail humanitaire qui inaugurait les premiers pas d’une sociologie politique de l’humanitaire « au ras du sol » : Pascal Dauvin et Johanna Siméant, Le travail humanitaire : les acteurs des ONG, du siège au terrain, Presses de ScPo, 2002.
2 Bruno Cazenave, Emmanuelle Garbe et Jérémy Morales, Le management des ONG, La Découverte, 2020. Voir également : Boris Martin, L’adieu à l’humanitaire ? Les ONG au défi de l’offensive néolibérale, Éditions Charles Léopold Mayer, 2015.

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