Fondation Croix-Rouge française : dédiée à la recherche

L’Essentiel scientifique : 10 ans de recherche au cœur des vulnérabilités, Collectif, Fondation Croix-Rouge française pour la recherche humanitaire et sociale, 2023

Cet ouvrage, publié à l’occasion des 10 ans de la Fondation Croix-Rouge française (2013-2023), est le fruit d’une aventure de savoirs collective et d’un dialogue permanent entre des femmes et des hommes de terrain, qu’ils soient chercheurs, travailleurs humanitaires, secouristes ou bénévoles d’action sociale.

Ce sont dix années de la vie de la Fondation que son équipe a souhaité partager à travers un ouvrage à mi-chemin entre le récit et la synthèse scientifique, et qui rassemble à la fois des éléments de capitalisation et de prospective, sur les thématiques et territoires prioritaires de recherche de la Fondation. Chaque chapitre présente les résultats des recherches soutenues par la Fondation depuis dix ans sur une de ces thématiques (transition humanitaire, santé et épidémies, risques et catastrophes, migrations et déplacements, lien social), les clefs de compréhension nouvelles et les recommandations concrètes qu’ils apportent pour améliorer l’action humanitaire et sociale.

La Fondation Croix-Rouge française est une fondation reconnue d’utilité publique dédiée au soutien à la recherche sur l’action humanitaire et sociale. Cette recherche est menée par des chercheurs au plus près des crises, dont les résultats – largement diffusés et débattus – contribuent à la transformation des pratiques.

La Fondation porte la volonté de la Croix-Rouge française de promouvoir la connaissance scientifique et l’innovation sociale pour faire avancer l’action au service des plus vulnérables, en France et dans le monde.

Pour la recherche scientifique

Aucune entreprise humaine ne peut progresser sans consacrer une part de ses efforts à la recherche et à l’innovation. L’action humanitaire et sociale échappe d’autant moins à cette réalité qu’elle est confrontée aux fragilités humaines. C’est pourtant un secteur où les investissements de recherche restent minimums. Or, la recherche permet de préparer l’avenir, tout en prenant du recul sur l’urgence du présent.

Les projets soutenus par la Fondation sont soit initiés à la demande de la gouvernance de la Fondation, soit directement co-construits avec des partenaires associatifs, institutionnels ou du secteur privé. Dans tous les cas, ils visent à combler un manque de connaissances identifié dans leurs secteurs d’intervention dans le but d’améliorer les pratiques d’une plus grande diversité d’acteurs. Ainsi, la Fondation promeut une véritable recherche scientifique[1]Jean-Pierre Olivier de Sardan, « Promouvoir la recherche face à la consultance. Autour de l’expérience du Lasdel (Niger-Bénin) », Cahiers d’études africaines, vol. 202-203, n° 2, … Continue reading, dont l’objectif est d’apporter des réponses à des questions qui n’en ont pas, sur la base des connaissances actuelles, de produire des savoirs offrant des clés de compréhension nouvelles, fondées sur une revue de littérature approfondie et, enfin, de fournir des pistes de recommandations utiles aux acteurs humanitaires et sociaux pour mieux agir.

Pour ce faire, la Fondation noue des collaborations ponctuelles avec des chercheurs, en toute indépendance. Ceux-ci demeurent affiliés à leurs organismes de recherche s’ils le sont, quel que soit leur statut, et leurs travaux sont menés sous l’égide des conventions et chartes de la Fondation garantissant la liberté des chercheurs et la vocation d’utilité publique de cette collaboration. La Fondation laisse aux chercheurs la liberté de bâtir eux-mêmes leur problématique et de choisir leurs propres outils méthodologiques, dans le respect des cadres déontologiques et éthiques en vigueur. Les projets de recherche sont évalués puis accompagnés par des pairs (chargés de recherche, membres du conseil scientifique, experts associés), issus de multiples disciplines scientifiques et experts des thématiques prioritaires de la Fondation. La Fondation défend par ailleurs la liberté de parole des chercheurs, qui restent propriétaires de leurs données. En assurant leur indépendance, et en respectant une temporalité correspondant aux exigences d’une recherche de terrain en sciences sociales, la Fondation se donne les moyens de faire émerger une critique constructive, en dialogue avec la société civile et les personnes qu’elle accompagne et une réflexion libérée des contraintes de l’urgence.

Pour une recherche de terrain au plus près des fragilités

Au cœur de notre engagement, une conviction : pour soulager au mieux les souffrances, les associations et organisations non gouvernementales en première ligne doivent bénéficier d’un apprentissage permanent sur les contextes où elles se déploient opérationnellement et symboliquement, prendre le temps d’analyser, au plus près des populations vulnérables, les réponses qui leur sont données. C’est pourquoi la Fondation a fait le choix de mobiliser les sciences humaines et sociales, regroupant des disciplines trop souvent sous-financées et pourtant essentielles à un renouvellement de l’action, pour favoriser la production de connaissances scientifiques solides issues des terrains d’intervention.

Nous soutenons majoritairement les démarches qualitatives accompagnées d’approches ethnographiques impliquant des enquêtes de terrain, des collectes de données primaires, et un contact prolongé avec les populations. La proximité des terrains de l’action et des terrains de la recherche est au cœur des priorités de la Fondation, même si leurs objectifs et temporalités sont différents aussi bien que complémentaires.

La Fondation inscrit son engagement pour la recherche dans le respect de la diversité académique, linguistique et géographique, souvent non prioritaire dans le financement et montage des projets. Encourageant les approches multidisciplinaires, les recherches soutenues par la Fondation couvrent la grande variété des disciplines des sciences sociales, telles que la sociologie, l’anthropologie ou encore la géographie. Aussi, la Fondation soutient prioritairement des chercheurs francophones, un engagement en faveur de la francophonie qui relève de la nécessité de contribuer à la diversité de la production des savoirs, notamment dans le champ de l’aide internationale. Enfin, la Fondation soutient en priorité des chercheurs issus des terrains d’intervention des praticiens de l’action sociale ou de la solidarité internationale. Par la défense d’une recherche locale, la Fondation entend contribuer à lutter contre les inégalités d’accès aux financements de la recherche – particulièrement fortes en Afrique – dont la production scientifique représente une part infime de la recherche mondiale[2]De moins de 1 % dans les années 1990, la production scientifique africaine ne représentait que 3 % de la recherche mondiale en 2016 (Sarah Botton, Linda Zanfini et Rohen d’Aiglepierre, … Continue reading.

Pour une recherche utile à l’action

Mettre la recherche en sciences humaines et sociales au service de l’action signifie concrètement pour la Fondation fournir un accompagnement complet des acteurs humanitaires et sociaux dans la satisfaction de leurs besoins en recherche, allant de l’identification de ces besoins à la fourniture de recommandations tirées des enseignements scientifiques, en passant par un suivi de recherches de terrain menées au plus près de ces fragilités.

La réflexion scientifique permet aux opérationnels de prendre du recul sur leurs programmes et terrains d’intervention, afin d’améliorer leurs pratiques et mettre en œuvre leur action en cohérence avec les réalités locales. En cela, la recherche humanitaire et sociale que nous soutenons est mise au service de l’opérationnel. En créant des ponts entre chercheurs, sociétés civiles, institutions publiques et acteurs privés, nous contribuons à l’amélioration des actions existantes, au renforcement des capacités et de l’autonomie, et à l’émergence de modèles d’action innovants et durables.

La Fondation travaille notamment en lien constant avec les salariés et bénévoles du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, en étroite collaboration avec leur « Société nationale ». De nombreux programmes de recherches sont ainsi initiés en collaboration avec la Croix-Rouge française et les entités du Mouvement, et construits en réponse directe à des problématiques opérationnelles remontées par les volontaires. L’appartenance de la Fondation au Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge lui confère une légitimité comme membre de la société civile visant à renforcer la connexion entre les mondes académique et opérationnel.

Pour une recherche au service du bien commun

En tant que fondation reconnue d’utilité publique, la Fondation soutient et accompagne des projets de recherche dont les résultats sont publiés et disponibles gratuitement. Cette exigence, dictée par la notion d’intérêt général, conduit la Fondation à œuvrer pour une valorisation de la recherche au service du bien commun, toujours en accès libre, via plusieurs types de publications ou espaces (articles, synthèses, revue, collection d’ouvrages, séminaires, webinaires, podcasts, etc.) restituant les résultats sous des formes variées qui permettent une plus grande circulation des savoirs.

Enfin, la Fondation soutient une recherche qui permet d’éclairer le débat public en plaçant l’innovation au cœur du dialogue et en développant les échanges entre chercheurs, sociétés civiles, institutions publiques et acteurs privés. Ainsi, pour que les savoirs produits portent leurs fruits, nourrissent les débats et encouragent les collaborations entre les mondes scientifiques et opérationnels, nous organisons chaque année des événements scientifiques, en France et à l’étranger.

Mettre dix ans de recherche en discussion – et sous la forme d’un livre – était donc une façon pour la Fondation Croix-Rouge française de provoquer, encore et toujours, cette rencontre des disciplines des sciences sociales, des secteurs professionnels et du monde académique, des langues et des concepts, des expériences et des méthodes, pour aller vers les personnes fragiles ou fragilisées. Car ce sont elles qui doivent bénéficier des résultats de cette recherche.

Éric Delaporte et Francis Akindès, respectivement président et vice-président du conseil scientifique de la Fondation Croix-Rouge française

Ce texte est une reprise, adaptée, de l’article écrit par Éric Delaporte et Francis Akindès dans l’ouvrage recensé, p. 8-11. Tous nos remerciements à Virginie Troit, directrice générale de la Fondation Croix-Rouge française, et à son équipe.

L’ouvrage est consultable et téléchargeable gratuitement sur le site de la Fondation Croix-Rouge française, rubrique Recherche, Publications et Événements : https://www.fondation-croix-rouge.fr

Cet article vous a été utile et vous a plu ? Soutenez notre publication !

L’ensemble des publications sur ce site est en accès libre et gratuit car l’essentiel de notre travail est rendu possible grâce au soutien d’un collectif de partenaires. Néanmoins tout soutien complémentaire de nos lecteurs est bienvenu ! Celui-ci doit nous permettre d’innover et d’enrichir le contenu de la revue, de renforcer son rayonnement pour offrir à l’ensemble du secteur humanitaire une publication internationale bilingue, proposant un traitement indépendant et de qualité des grands enjeux qui structurent le secteur. Vous pouvez soutenir notre travail en vous abonnant à la revue imprimée, en achetant des numéros à l’unité ou en faisant un don. Rendez-vous dans notre espace boutique en ligne ! Pour nous soutenir par d’autres actions et nous aider à faire vivre notre communauté d’analyse et de débat, c’est par ici !

References

References
1 Jean-Pierre Olivier de Sardan, « Promouvoir la recherche face à la consultance. Autour de l’expérience du Lasdel (Niger-Bénin) », Cahiers d’études africaines, vol. 202-203, n° 2, 2011, p. 511-528.
2 De moins de 1 % dans les années 1990, la production scientifique africaine ne représentait que 3 % de la recherche mondiale en 2016 (Sarah Botton, Linda Zanfini et Rohen d’Aiglepierre, « L’aide internationale peut-elle participer à l’ancrage de la recherche africaine ? », The Conversation, 6  septembre  2021). L’Afrique (17 % de la population mondiale) ne compte que pour 2,4 % des chercheurs dans le monde, 2,6 % des publications scientifiques (Maryline Baumard, « Ces femmes qui œuvrent au rayonnement scientifique de l’Afrique », Le Monde, 18 novembre 2019) et 1,3 % des dépenses mondiales en recherches et développement (Catherine Le Brech, « Encourager le potentiel de la recherche africaine, l’exemple du Burkina Faso », France info, 27 novembre 2017, https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/societe-africaine/encourager-le-potentiel-de-la-recherche-africaine-l-exemple-du-burkina-faso_3060055.html). Le sous-financement de ce domaine et la faiblesse, voire l’absence de politiques nationales sur ce continent, entraînent les chercheurs à exercer des activités annexes et parfois à quitter leur pays. Depuis sa création, la Fondation a soutenu des chercheurs de vingt nationalités différentes, dont un tiers sont africains. Ces derniers ont contribué à l’émergence de savoirs en Afrique, mais aussi en France.