Il y a 10 ans paraissait le numéro inaugural d’Alternatives Humanitaires ! La revue est née en 2016 d’une envie collective des ONG et des fondations francophones de créer un support de réflexion entre les praticiens humanitaires et le monde de la recherche.
Ce n’était pas écrit. Loin de là. Lancer une revue a tout du pari audacieux. Lorsque, en 2016, quatre organisations arrivèrent au terme d’une réflexion ayant émergé trois ans plus tôt, ce n’était que le début d’une aventure. Dix ans plus tard, nous avons publié 31 numéros, regroupant plus de 425 articles écrits par près de 530 autrices et auteurs. 1025 membres sont inscrits sur notre site où tous nos articles sont en accès libre et gratuit, et qui propose du contenu exclusif. Près de 11 000 abonnés nous suivent sur LinkedIn, plus de 2700 personnes reçoivent notre newsletter. Nous comptons 12 partenaires financiers, 4 soutiens financiers et 11 partenaires académiques.
Nous avions beau y croire, ce n’était pas écrit, non, qu’une revue internationale de réflexion et de débat sur l’action humanitaire trace ainsi son chemin. Dans le paysage éditorial, l’objet « revue » a aussi bonne presse qu’il est voué, dit-on, à rester un produit de niche.
La niche est devenue ruche, un bien commun au secteur de la solidarité internationale.
Les lectrices et les lecteurs, les autrices et les auteurs et tous les partenaires financiers comme universitaires se sont liés pour faire vivre Alternatives Humanitaires. C’est que nous les avons manifestement et rapidement convaincus de l’impérieuse nécessité de doter le secteur humanitaire d’un nouvel espace de réflexion. Il venait s’ajouter à ceux existants, initiés par des organisations non gouvernementales ou des centres de recherche. Peut-être avons-nous réussi notre pari de créer l’écrin qui permet de faire dialoguer le monde des ONG et de la recherche, d’aborder l’humanitaire aussi bien à travers des articles de fond que des reportages, des entretiens, des photographies ou des dessins, de parler à la fois aux francophones comme aux anglophones, de donner à lire une revue imprimée et une revue en ligne.
D’Ebola à la pandémie de Covid-19, de la Syrie à l’Ukraine et à Gaza, des migrations à l’emprise grandissante des logiques entrepreneuriales, des libertés associatives en danger aux violences sexistes et sexuelles, du changement climatique au défi démographique en passant par l’impact des nouvelles technologies ou les liens de plus en plus forts entre action humanitaire et action sociale, nous avons placé l’aide humanitaire au cœur de nos questionnements. Des regards et des voix nous ont accompagnés pour faire grandir la revue. S’ils ont embarqué avec nous, c’est surtout le signe que tous les auteurs et autrices qui nous livrent leurs réflexions le font avec talent et engagement. Tous ensemble, ils contribuent à éclairer le travail des acteurs, à mettre en avant l’apport des chercheuses et des chercheurs et à faire avancer la cause des populations impactées par des crises ou par le fonctionnement trop bien rodé de nos sociétés bien trop inégalitaires.
Cette préoccupation nous protège de l’écueil de l’autosatisfaction qui affleure dès lors que l’on célèbre sa propre existence. Mais, en cette année 2026, sans forfanterie, nous prenons le temps de nous raconter. À travers des sélections d’articles, de photographies et de dessins, des témoignages d’auteurs et d’autrices publiés dans nos colonnes, nous vous racontons cette histoire qui nous rassemble et qui, depuis 10 ans, nous aide à comprendre et faire comprendre un peu mieux, les contraintes de l’action humanitaire et les destins de celles et ceux aux côtés desquels elle se tient : les populations en souffrance. C’est notre vocation. Elle n’a pas varié depuis 10 années. Les attaques récentes et massives que connaît le secteur de l’aide exigent plus que jamais de l’entretenir afin d’aller au-delà d’Alternatives Humanitaires et de nourrir, un peu, une alternative humaine aux offensives déshumanisantes.
Boris MARTIN, rédacteur en chef


