La revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour le dossier spécial de son prochain numéro, à paraître en novembre 2026 et qui sera consacré au thème : « Enjeux humanitaires et reconfigurations politiques dans la région du Sahel » (titre provisoire). Si vous êtes travailleur.euse ou chercheur.euse dans le domaine de l’humanitaire et que vous souhaitez soumettre un projet d’article sur ce sujet, merci d’envoyer un résumé de votre problématique ainsi qu’un plan provisoire et une courte biographie (deux pages maximum) avant le 18 mai 2026, aux adresses mail suivantes : contact@alternatives-humanitaires.org ; camille.haye@sciencespo.fr. Une réponse vous sera adressée au plus tard le 5 juin 2026. Les articles finalisés — rédigés en français ou en anglais — devront être soumis avant le 21 septembre 2026 et compter autour de 2 200 mots (en anglais) ou 2 400 mots (en français), notes de bas de page comprises. Sept à huit articles environ seront retenus pour ce Focus.
Pour chaque numéro, nous étudions également les articles en lien avec l’action humanitaire qui explorent d’autres sujets que celui proposé dans le dossier. Ils pourront être publiés dans les rubriques « Perspectives », « Transitions », « Innovations », « Éthique », « Reportage » ou « Tribune ». Nous vous invitons à nous faire parvenir vos propositions.
Enjeux humanitaires et reconfigurations politiques dans la région du Sahel
Un dossier/focus copiloté par Camille Haye – doctorante en science politique à l’université Paris I Panthéon – Sorbonne et à l’Institut des mondes africains –, avec Boris Martin, rédacteur en chef
L’Afrique sahélienne apparaît comme un espace de crises enchevêtrées. Dans sa compréhension géo-climatique, la bande sahélienne désigne un espace qui traverse l’Afrique d’Ouest en Est, de la Mauritanie à la Corne de l’Afrique. Cette région comprend des États qui, pour beaucoup, se caractérisent par leurs faibles capacités structurelles et leur niveau de pauvreté, les situant au bas du classement international selon l’indice de développement humain. Ces pays sont ainsi dits « sous régime d’aide », c’est-à-dire dépendants de l’aide internationale pour maintenir la balance budgétaire et un niveau relativement satisfaisant de services publics. Aux difficultés structurelles s’ajoutent les bouleversement géopolitiques ou climatiques. Le Sahel est marqué par le phénomène de saisonnalité, soit l’alternance de saisons des pluies et des saisons sèches. Ce phénomène, aggravé par le réchauffement climatique, entraîne de manière récurrente des chocs humanitaires liés aux inondations et aux périodes de soudure. Ainsi, la sécheresse des années 1970 a contribué à faire du Sahel un espace d’intervention internationale privilégié, avec l’arrivée importante d’organisations non-gouvernementales internationales (ONGI) pour faire face à la famine. La prise en charge des missions sociales par les humanitaires ou les ONG de développement s’est renforcée dans les années 1990 avec les programmes de libéralisation, les ONGI se faisant relais, voire substituts de secteurs publics mis en difficulté par les programmes d’ajustement structurel. Le Sahel a aussi été un terrain privilégié de l’expérimentation des approches nexus et du contiguum de l’aide. Face au paradoxe des « urgences chroniques », le débat entre aide d’urgence et aide au développement a ainsi été particulièrement vif lors de la crise alimentaire de 2005 au Niger.
Si la multiplicité des mandats et la complémentarité entre ONG a depuis longtemps pris en compte la nécessaire combinaison de l’aide d’urgence et des programmes de long-terme, les chocs que connaît la région et dont les conséquences s’annoncent durables reposent en de nouveaux termes ces questionnements. La guerre au Soudan, les affrontements entre l’Éthiopie et l’Érythrée, les conflits dans les régions du lac Tchad et du Sahel central impliquant des groupes djihadistes se réclamant de l’État islamique ou d’Al Qaeda, le développement de milices : autant de tendances qui perdurent sur plusieurs décennies et dont pâtissent, en premier lieu, les civils. La région sahélienne s’ancre ainsi dans le paradigme des « crises humanitaires complexes », des situations d’urgence d’humanitaire liées à un conflit et impliquant un effondrement social conséquent. Ces conflits entraînent en effet leurs lots de dommages humains : déplacements de population, dégradation des infrastructures, accès restreint aux services sociaux et sanitaires, crises alimentaires, violations des droits humains, destruction des moyens d’existence, accroissement général des vulnérabilités, etc. Ces conflits prolongés, tout en provoquant des pics d’urgence, impliquent de penser l’aide sur le long-terme : les camps de déplacés forcés en sont l’exemple.
Longtemps « terres d’humanitaire », certains pays du Sahel – au gré de la conjoncture politique régionale et internationale ‑ « rejettent » aujourd’hui ces ONG internationales, quand d’autres déplorent leur engagement insuffisant. Alors que la situation sécuritaire dans certaines régions entrave depuis plusieurs années l’accès humanitaire, l’arrivée au pouvoir de régimes usant d’une rhétorique anti-occidentale au Sahel central (Mali, Niger, Burkina Faso) entraîne de nouvelles contraintes sur ces ONG. Les coupes de l’aide de la part des bailleurs occidentaux, dont la France (en guise de sanctions envers les gouvernements issus de coups d’État), ont affecté l’aide au développement transitant par les ONG. Si l’aide d’urgence était supposée se maintenir, les États ainsi « sanctionnés » de l’aide internationale ont pris à leur tour des mesures contraignant les ONG. Ainsi, en novembre 2022, le Mali a-t-il interdit aux ONG sous financements français d’exercer sur son territoire. Les ONG affectées par ces passes d’armes diplomatiques ont dû arbitrer entre renoncements à certains projets et recherche de financements alternatifs.
Le choc de 2025 avec la fermeture brutale de l’agence de coopération américaine – et les coupes subséquentes dans ses financements qui représentent quelque 40 % de l’aide globale ‑ a déjà largement aggravé la crise que connaissait cette sous-région d’Afrique. Se pose dès lors la question de répondre à des besoins toujours aussi importants au Sahel avec des baisses drastiques de budget. Les contributions de ce nouveau Focus pourront ainsi s’inscrire dans le prolongement de la réflexion amorcée dans le numéro 30 L’aide en danger : après le choc de 2025, les conséquences et la riposte. La réflexion sur ce contexte politique international pourra être croisée avec les enjeux de politique interne, notamment au regard de la méfiance des gouvernements sahéliens vis-à-vis de la communauté humanitaire. Au Niger, en novembre 2024, l’ONG française ACTED s’est vu retirer sans justification son autorisation d’exercice, tout comme son partenaire nigérien, l’ONG Action Pour le Bien Être. Le bureau du Comité international de la Croix-Rouge au Niger fermera en juin 2025 après 35 ans de présence ‑ à la demande des autorités et sur fond d’accusations de collusion avec les groupes armés. Cette rhétorique n’est pas nouvelle dans cette région affectée par les actions des groupes djihadistes : en 2019 au Nigeria, Mercy Corps et Action contre la Faim (ACF) avaient dû fermer leurs bureaux dans l’État régional du Borno, l’armée les accusant de complicité avec Boko Haram, alors même que des membres du personnel d’ACF étaient retenus prisonniers par ce groupe armé. Il conviendra dans ce numéro d’interroger la manière dont les humanitaires peuvent désormais négocier le maintien ou l’installation de leurs programmes et, plus largement, leur légitimité dans de tels climats de méfiance alimentés par la guerre contre le « terrorisme » ou par la polarisation politique assimilant les ONG occidentales aux gouvernements du Nord.
Le spectre géographique retenu pour ce dossier est celui de la région sahélienne au sens large : il ne s’agit ainsi pas de se limiter au Sahel occidental ou francophone, ni aux États inclus dans des alliances internationales circonscrivant un espace politique sahélien parmi d’autres (G5 Sahel, Alliance des États du Sahel). Les articles portant sur les pays anglophones de la région sont ainsi encouragés. Nous attendons des contributions originales, rédigées par des professionnels de l’humanitaire, des experts et des universitaires, et qui abordent des questions telles que :
- Les difficultés d’accès aux zones de « crise » pour des raisons sécuritaires ou politiques. Les contributions pourront aborder le sujet de la négociation avec les autorités politiques, les groupes armés non-étatiques (milices, groupes rebelles, etc.), ainsi que les limites imposées à l’accès humanitaire par les normes du régime antiterroriste.
- Les enjeux du triple nexus / contiguum de l’aide et de la résilience dans les situations de crises chroniques ou prolongées : crises alimentaires, sanitaires, climatiques, crises de déplacés et de réfugiés.
- Les conséquences des coupes financières de l’aide des bailleurs traditionnels (américains, français, européens, etc.) et la montée en puissance des bailleurs « émergents » (Chine, Qatar, Turquie, Émirats arabes unis, etc.).
- Les conséquences de l’arrivée au pouvoir de régimes autoritaires usant d’une rhétorique souverainiste et la montée du sentiment anti-occidental.