intelligence artificielle artificial intelligence localisation

L’intelligence artificielle peut-elle représenter un levier pour les organisations locales ?

Jean-Baptiste Lacombe Lavigne
Jean-Baptiste Lacombe LavigneJean-Baptiste Lacombe Lavigne est consultant dans les domaines de l’humanitaire et de la solidarité internationale. Au fil de ses quinze années d’expérience avec des organisations telles que Médecins Sans Frontières, Oxfam et le mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, il a dirigé des opérations dans des contextes de crises majeures, notamment en Syrie, en Haïti, au Mozambique, au Pakistan, en Afrique de l’Ouest lors des épisodes épidémiques d’Ebola en 2014 et 2018, et durant les mouvements de populations birmanes rohingyas au Bangladesh. Il s’intéresse particulièrement aux enjeux de localisation, de transformation du système humanitaire et au rôle des nouvelles technologies dans ces dynamiques.

Dans le débat sur la loca­lisation, l’argument du « manque de capaci­tés » des acteurs locaux vise en réalité un déficit en termes de compé­tences administratives. L’intelligence artificielle générative peut combler cet écart, à condition que son potentiel ne se réduise pas à satisfaire les bailleurs, mais serve à s’en émanciper.


Dix ans après le Sommet humanitaire mondial et la conclusion du Grand Bargain, en vertu duquel les signataires s’étaient engagés à allouer au moins 25 % des financements humanitaires directement aux acteurs locaux et nationaux d’ici 2020[1]Grand Bargain : traduit aussi parfois en français par « le Grand compromis ». Pour en savoir plus, voir par exemple : Inter-Agency Standing Committee, Qu’est-ce-que le Grand Bargain ?, 1er … Continue reading, le constat est sans appel : ces organisations ne reçoivent aujourd’hui qu’entre 3 à 5 % des finan­cements globaux. Cet écart persistant avec les acteurs internationaux illustre un échec collectif à concrétiser la pro­messe de la localisation.

Pour justifier cette situation, l’argument le plus fréquent est le « manque de capacités » des organisations locales. Comme le souligne une étude cana­dienne, « lorsque des problèmes de capacité se posaient, ils avaient géné­ralement trait à la capacité des parte­naires locaux à gérer les exigences de conformité des donateurs et le finan­cement[2]Julia Rao, Rapport des résultats de l’étude : engagement des organisations canadiennes de développement international envers la localisation, janvier 2023, … Continue reading ». Pourtant, les organisations locales démontrent largement leurs compétences pour concevoir et mettre en oeuvre des programmes efficaces. Autrement dit, le problème serait moins un déficit opérationnel qu’un déficit de conformité administrative.

Cette distinction est fondamentale. Ce que les bailleurs qualifient de « manque de capacités » renvoie en réalité à une insuffisance d’infrastructures adminis­tratives pour garantir la conformité à leurs politiques, la reddition de comptes et la gestion financière des acteurs locaux. Les organisations internatio­nales, souvent dotées d’équipes spé­cialisées pour ces fonctions, bénéficient ainsi d’un avantage structurel.

C’est précisément dans cet espace que l’intelligence artificielle (IA) généra­tive ouvre une opportunité. En rédui­sant les barrières liées à la conformité et à la production administratives, elle pourrait contribuer à rééquilibrer, au moins en partie, les conditions d’accès aux financements.

Le « manque de capacités » : une construction institutionnelle

Depuis 2016, de nombreux outils ont été développés pour évaluer les capa­cités des acteurs locaux et identifier les priorités de renforcement : l’Organizatio­nal Capacity Assessment Tool (OCAT) du CALP[3]C. Mike Daniels, “Organizational Capacity Assessment Tool (OCAT) – User Guide”, CALP Network, January 2016, … Continue reading, le Disaster Management Capacity Assessment Tool (DMCA) de Tearfund[4]Tearfund Learn, Disaster Management Capacity Assessment (DMCA) Tool, 2019, https://learn.tearfund.org/en/resources/tools-and-guides/disaster-management-capacity-assessment-tool , ou encore l’approche Preparedness for Effective Response (PER) de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge[5]IFRC, Preparedness for Effective Response Leaflet and Case Studies, 8 January 2023, https://www.ifrc.org/document/preparedness-effective-response-leaflet-and-case-studies.

J’ai eu l’occasion de conduire plu­sieurs évaluations à partir de ce dernier outil, notamment au Soudan du Sud. Un constat était récurrent, les lacunes identifiées concernent rarement la capacité à intervenir sur le terrain, mais plutôt les fonctions support : politiques (en matière de protection de l’enfance, contre la corruption ou pour les appro­visionnements par exemple), procé­dures, suivi-évaluation, mobilisation des ressources ou gestion financière. En l’absence de personnel spécialisé dans la collecte de fonds, les relations avec les bailleurs ou les communications, ces organisations se retrouvent prises dans un cercle vicieux : en concentrant les ressources humaines pour les postes opérationnels, elles en ont moins pour répondre aux exigences administratives nécessaires à l’obtention de finance­ments. À l’inverse, mon expérience avec des organisations internationales révèle une réalité très différente, leur capacité en la matière (équipes thématiques souvent appuyées par des consultants) leur permettant de produire des dossiers parfaitement alignés sur les attentes des bailleurs.

Le déséquilibre est similaire pour le reporting, d’autant plus que l’informa­tion doit être collectée et reformatée pour répondre à des exigences multi­ples, souvent redondantes (40 à 59 % du contenu se retrouvent dans plusieurs rapports[6]Erica Gaston, “Harmonizing Donor Reporting”, Global Public Policy Institute, February 2017, https://gppi.net/assets/Gaston__2017__Harmonizing_Donor_Reporting.pdf). En moyenne, les organisa­tions locales étudiées dans l’enquête du Global Public Policy Institute[7]Ibid. devaient remplir de 45 à 65 rapports annuels pour assurer leur financement, accapa­rant ainsi un temps considérable qui ne pouvait être consacré à l’aide directe[8]Ibid.. Un audit interne du Conseil norvégien pour les réfugiés montre que la ressai­sie de données financières dans diffé­rents formats peut représenter jusqu’à 11 000 heures de travail supplémen­taires par an pour l’organisation. Il faut des ressources pour répondre aux exi­gences des bailleurs, mais ces exigences conditionnent précisément l’accès aux ressources[9]Ibid.. L’IA pourrait alléger signi­ficativement ce fardeau administratif[10]Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, Briefing note on Artificial Intelligence and the Humanitarian Sector, 17 April 2024, … Continue reading et ainsi oeuvrer à une mise en place concrète de la localisation.

L’IA comme outil d’augmentation des fonctions support

En termes de localisation, un des exemples les plus frappants ces dernières années est celui des Emergency Response Rooms (ERR) au Soudan. Dans un contexte où de nombreuses organisations internationales ont quitté le pays, ces réseaux communau­taires coordonnent l’aide humanitaire grâce à des groupes WhatsApp. Depuis le début de la guerre civile en 2023, leurs bénévoles ont aidé plus de 11,5 millions de personnes en assurant des évacua­tions, l’accès à l’eau, aux soins de santé et à l’alimentation. Pour faciliter l’accès à des ressources internationales, l’IA est progressivement devenue un levier majeur[11]Ka Man Parkinson, “How are humanitarians using AI in 2026? The case for governance and local leadership”, Humanitarian Leadership Academy, 14 April 2026, … Continue reading. Comme le souligne un membre d’un ERR : « Depuis le début de la guerre, nous nous appuyons sur l’intelligence artificielle pour répondre aux exigences des donateurs [traduit de l’anglais par l’éditeur]. » Cette utilisation est révéla­trice : l’IA n’est pas mobilisée en premier lieu pour transformer les opérations sur le terrain, mais pour répondre aux exi­gences administratives du système huma­nitaire international.

« Les usages les plus intensifs et les plus innovants émergent directement du local, notamment au Kenya, au Soudan ou au Bangladesh. »

Cette tendance se confirme à plus grande échelle. Une étude de la Humanitarian Leadership Academy (HLA)[12]Ka Man Parkinson, Madigan Johnson and Lucy Hall, “Artificial intelligence in the humanitarian sector: mapping current practice and future potential”, Humanitarian Leadership Academy, 2026, … Continue reading montre que l’adoption de l’IA ne suit pas la logique de diffusion du nord vers le sud. Les usages les plus intensifs et les plus innovants émergent directement du local, notamment au Kenya, au Soudan ou au Bangladesh. Plus de 80 % des répondants à l’enquête de la HLA pro­viennent des pays d’intervention, qui apparaissent aujourd’hui à l’avant-garde de l’innovation dans l’utilisation de l’IA.

Gülsüm Özkaya, dont les recherches portent sur les visuels générés par l’IA du point de vue des personnes affec­tées par les crises, propose un recadrage utile. Selon elle, l’opposition entre orga­nisations internationales et locales peut devenir une fausse dichotomie lorsqu’on parle d’IA :

« Aujourd’hui, la question n’est pas de savoir si l’on opère à l’échelle mondiale ou locale. Il s’agit plutôt de maîtriser le numérique et de bien comprendre l’IA. Une organisation locale qui maîtrise l’utilisation des outils d’IA peut saisir les opportunités et avoir un impact aussi efficace que les géants mondiaux[13]Citée dans Ka Man Parkinson, “How are humanitarians using AI in 2026?…”, art. cit. [traduction de l’éditeur]. Voir aussi Gülsüm Özkaya, “Should we use AI-generated imagery in … Continue reading. »

Sur le terrain, ces usages sont avant tout pragmatiques. Lors d’un échange avec Dyanne Marenco, présidente de la Croix-Rouge du Costa Rica, celle-ci m’ex­pliquait comment les outils d’IA dispo­nibles gratuitement leur permettaient d’améliorer leurs fonctions support : logistique, administration, communica­tion. L’organisation a ainsi pu structurer un plan de communication plus ambi­tieux, accroître sa visibilité (jusqu’à obtenir une publication dans le magazine Newsweek) et professionnaliser ses interactions avec les bailleurs. Ils sont en processus de formalisation de l’utili­sation de ces outils et dans la phase de développement de leur politique.

« L’IA a été un élément clé de résilience pour faire face aux coupes budgétaires amorcées début 2025 par l’administration Trump. »

Les organisations interviewées pour cet article ont toutes utilisé l’IA durant l’année écoulée, presque exclusive­ment pour la rédaction de propositions, de rapports, l’élaboration de gabarits de cadres logiques, le développement d’indicateurs ou la création de contenu pour les médias. Pour eux, l’IA a été un élément clé de résilience pour faire face aux coupes budgétaires amorcées début 2025 par l’administration Trump. Par ailleurs, les outils de traduction en temps réel intégrés aux plateformes de visioconférence permettent à davan­tage de membres de participer active­ment aux échanges avec des partenaires internationaux, réduisant ainsi les bar­rières linguistiques.

Au-delà des grands modèles de langage (LLM, pour large language models, en anglais), certaines initiatives explorent des usages plus avancés. Des robots conversationnels sont par exemple utilisés pour faciliter des processus de consultation ou de négociation com­plexes entre différentes organisations locales parlant différentes langues. Chaque participant peut partager son point de vue de manière individuelle et confidentielle, avant que l’outil ne produise une synthèse anonymisée des positions. Ce type d’approche a plu­sieurs effets positifs : il atténue les asy­métries liées à la maîtrise de l’anglais, mais contribue également à rééquilibrer les dynamiques de genre au sein des groupes. En garantissant une représen­tation plus équitable des voix, ces outils limitent la domination de certains pro­fils, souvent masculins, dans la prise de parole et l’orientation des débats.

Dans les cas étudiés, l’IA n’est pas utilisée pour remplacer l’interaction humaine, mais pour réduire le temps consacré à la bureaucratie. En diminuant le coût des fonctions administratives, elle permet aux organisations locales de se concen­trer sur ce qui ne peut être délégué à l’IA : l’engagement avec les communautés.

Dans un système où l’accès aux finance­ments dépend largement de la capacité à répondre à des exigences complexes de conformité, cette évolution pourrait contribuer à réduire un déséquilibre structurel majeur.

Limites et risques

Les limites et les risques liés à l’IA ne sont pas à négliger, d’autant plus que son usage reste largement informel, porté par les individus plutôt que par les organisations auxquelles ils appar­tiennent. Seules 23 % des organisations disposent en effet de politiques ou de formations spécialisées[14]Ka Man Parkinson, Madigan Johnson and Lucy Hall, “Artificial intelligence in the humanitarian sector…”, art. cit..

Ce manque d’encadrement représente un risque important. Selon un centre de recherches de Stanford, le nombre d’incidents[15]Un incident renvoie à des « cas avérés où des systèmes d’IA ont causé ou ont failli causer un préjudice », voir “Artificial Intelligence Index Report”, Human-Centered Artificial … Continue reading reliés à l’utilisation de l’IA rapportés en 2025 est en hausse d’en­viron 55 % par rapport à 2024[16]Yolanda Gil and Raymond Perrault (ed.), Artificial Intelligence Index Report, Standford University Institute for Human-Centered Artificial Intelligence, 2026, … Continue reading. Timi Olagunju, impliqué dans les politiques et la gouvernance entourant l’IA, pointe le déficit de gouvernance comme un enjeu majeur pour le secteur :

« Il est préoccupant de constater que l’éla­boration des politiques en matière d’IA pro­gresse lentement par rapport à l’essor de son utilisation dans le secteur humanitaire. Les cadres de gouvernance définissent le contexte dans lequel l’IA peut véritable­ment servir l’intérêt général[17]Rebecca Chandiru et al., “Beyond the hype: Ground truth on AI across the humanitarian sector”, Humanitarian Leadership Academy, 26 February 2026, … Continue reading. »

La mise en place de politiques, de forma­tions, voire de postes réservés à l’utilisa­tion responsable de l’IA sera plus aisée pour les organisations disposant déjà de ressources financières importantes pour leurs fonctions support. Cela pour­rait créer un nouveau déséquilibre : non seulement dans l’accès à des outils plus adaptés que ceux des grands modèles commerciaux, mais aussi dans la capa­cité à gérer les risques associés à leur utilisation. Plusieurs organisations[18]Croix-Rouge du Costa-Rica, ICRC, UNHCR, Save The Children, NRC, ERR Sudan, Kictanet Kenya, African Institute for AI Governance and Ethics (AIGE), Maskhane, Digital Umuganda Rwanda, Data friendly … Continue reading sont déjà à pied d’oeuvre pour dévelop­per des formations, des outils de gestion du risque et des cadres d’utilisation res­ponsable de l’IA.

Il est important toutefois de relativiser le risque pour les cas de figure présentés dans cet article. En concentrant d’abord l’usage de l’IA sur les fonctions admi­nistratives, on limitera les risques les plus sensibles : informations erronées partagées avec ou sur les communau­tés affectées[19]Ana Beduschi, “Harnessing the potential of artificial intelligence for humanitarian action: Opportunities and risks”, International review of the Red Cross, no. 919, June 2022, … Continue reading, mauvaise identification des zones affectées[20]Unitar, Fusing AI into satellite image analysis to inform rapid response to floods, 13 April 2021, … Continue reading, confidentialité des données personnelles, mauvaises sélections des bénéficiaires[21]Andrew Deck, “AI translation is jeopardizing Afghan asylum claims”, op. cit., « hal­lucinations[22]Dans le domaine de l’IA, on parle d’hallucination pour évoquer une réponse fausse ou trompeuse qui est présentée comme un fait certain, par exemple une référence bibliographique [note de … Continue reading » pouvant entraîner des conséquences concrètes sur des per­sonnes vulnérables.

Conditions pour une IA au service de la localisation

La vraie limite de l’impact de l’IA sur la localisation se situe peut-être ailleurs. Même si l’IA permet à terme aux orga­nisations locales d’améliorer leurs fonc­tions de conformité, de reporting et de gestion administrative, rien ne garantit que cela entraînera une augmentation significative de leur financement par les bailleurs internationaux. Il est pos­sible que l’argument du « manque de capacités » soit moins une cause réelle du sous-financement des organisations locales qu’une justification commode. Si tel est le cas, le véritable obstacle n’est pas technique, mais politique.

Considérons le scénario le plus pessi­miste où, indépendamment des progrès réalisés, les bailleurs traditionnels ne s’engagent pas significativement en faveur de la localisation. Les dix années écoulées ne militent pas en effet pour un scénario plus optimiste. Mais cette hypo­thèse apparaît aujourd’hui d’autant plus plausible dans un contexte marqué par le désengagement de l’agenda multila­téral et la contraction de l’aide interna­tionale. Dans ce contexte, une question s’impose : existe-t-il des voies alterna­tives pour les organisations locales ? Et si oui, l’IA peut-elle en faire partie ?

Dans de nombreux contextes, des formes de mobilisation de ressources locales existent déjà, via les diasporas, les contri­butions communautaires ou les méca­nismes de solidarité religieuse ou même à travers les fonds communs comme le mouvement Near[23]Voir Near, https://near.ngo ou le ResilioFund[24]Voir ResilioFund, https://resiliofund.org. L’IA peut jouer ici un rôle structurant.

Les organisations locales utilisent déjà l’IA pour déployer leur image de marque et leur identité visuelle et de plus en plus pour créer du contenu et augmenter leur visibilité au niveau local et interna­tional. Mais plusieurs autres opportu­nités sont en train de se développer. Les outils de génération de contenu, les agents conversationnels dédiés à la communication, ou encore les solutions de gestion des dons offrent la possibilité de développer des stratégies de collecte plus ambitieuses, sans nécessiter d’in­vestissements massifs dans des dépar­tements de philanthropie. Ils ouvrent la voie à des campagnes digitales ciblées, au développement de plateformes de dons locales, au recours au financement participatif et à une meilleure mobilisa­tion des diasporas.

« L’impact de l’IA sera faible si elle est utilisée uniquement pour améliorer la conformité aux exigences de bailleurs qui, il faut le craindre, ne financeront pas davantage la localisation. »

Cette perspective est d’autant plus per­tinente que plus de 60 % des opérations humanitaires se dérouleraient désor­mais dans des pays à revenu intermé­diaire[25]Estimation personnelle de l’auteur sur la base de données rassemblées, par exemple : World Food Programme, WFP’s engagement in middle-income countries (2019–2024): Evaluation synthesis, 21 … Continue reading. Or, c’est également dans ces contextes que l’on observe une expan­sion des classes moyennes, une augmen­tation du nombre de grandes fortunes et une croissance des dons et du bénévolat. Autrement dit, les conditions d’émer­gence d’écosystèmes philanthropiques locaux sont déjà présentes.

Si l’IA est aujourd’hui largement mobi­lisée pour améliorer les fonctions de conformité, son potentiel reste sous-exploité dans le développement de modèles de financement alternatifs. L’impact de l’IA sera faible si elle est utilisée uniquement pour améliorer la conformité aux exigences de bailleurs qui, il faut le craindre, ne financeront pas davantage la localisation qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent. En revanche, l’IA recèle un potentiel transformateur si cet outil permet de s’émanciper de ceux-ci en renforçant l’indépendance des organisations locales. C’est à cette condition que l’IA pourra réellement devenir un levier de localisation du sys­tème humanitaire.

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References

References
1 Grand Bargain : traduit aussi parfois en français par « le Grand compromis ». Pour en savoir plus, voir par exemple : Inter-Agency Standing Committee, Qu’est-ce-que le Grand Bargain ?, 1er juillet 2017, https://interagencystandingcommittee.org/grand-bargain-official-website/quest-ce-que-le-grand-bargain ; ou, sous l’angle particulier de la localisation : Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, « Le grand compromis. Groupe de travail no 2 : localisation », Grand Bargain Localisation Workstream, 2018, https://gblocalisation.ifrc.org/?lang=fr
2 Julia Rao, Rapport des résultats de l’étude : engagement des organisations canadiennes de développement international envers la localisation, janvier 2023, https://canwach.ca/wp-content/uploads/2023/03/FR-Rapport-de-letude-sur-la-localisation-2023.pdf
3 C. Mike Daniels, “Organizational Capacity Assessment Tool (OCAT) – User Guide”, CALP Network, January 2016, https://www.calpnetwork.org/publication/organizational-capacity-assessment-tool-ocat-user-guide
4 Tearfund Learn, Disaster Management Capacity Assessment (DMCA) Tool, 2019, https://learn.tearfund.org/en/resources/tools-and-guides/disaster-management-capacity-assessment-tool
5 IFRC, Preparedness for Effective Response Leaflet and Case Studies, 8 January 2023, https://www.ifrc.org/document/preparedness-effective-response-leaflet-and-case-studies
6 Erica Gaston, “Harmonizing Donor Reporting”, Global Public Policy Institute, February 2017, https://gppi.net/assets/Gaston__2017__Harmonizing_Donor_Reporting.pdf
7 Ibid.
8 Ibid.
9 Ibid.
10 Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, Briefing note on Artificial Intelligence and the Humanitarian Sector, 17 April 2024, https://www.unocha.org/publications/report/world/briefing-note-artificial-intelligence-and-humanitarian-sector
11 Ka Man Parkinson, “How are humanitarians using AI in 2026? The case for governance and local leadership”, Humanitarian Leadership Academy, 14 April 2026, https://www.humanitarianleadershipacademy.org/resources/opinion-how-are-humanitarians-using-ai-in-2026-the-case-for-governance-and-local-leadership
12 Ka Man Parkinson, Madigan Johnson and Lucy Hall, “Artificial intelligence in the humanitarian sector: mapping current practice and future potential”, Humanitarian Leadership Academy, 2026, https://www.humanitarianleadershipacademy.org/resources/report-artificial-intelligence-in-the-humanitarian-sector-mapping-current-practice-and-future-potential
13 Citée dans Ka Man Parkinson, “How are humanitarians using AI in 2026?…”, art. cit. [traduction de l’éditeur]. Voir aussi Gülsüm Özkaya, “Should we use AI-generated imagery in humanitarian communications? Spotlight on research by Gülsüm Özkaya”, Humanitarian Leadership Academy, 17 November 2025, https://www.humanitarianleadershipacademy.org/resources/opinion-should-we-use-ai-generated-imagery-in-humanitarian-communications-spotlight-on-research-by-gulsum-ozkaya
14 Ka Man Parkinson, Madigan Johnson and Lucy Hall, “Artificial intelligence in the humanitarian sector…”, art. cit.
15 Un incident renvoie à des « cas avérés où des systèmes d’IA ont causé ou ont failli causer un préjudice », voir “Artificial Intelligence Index Report”, Human-Centered Artificial Intelligence, 2026, p. 132, https://hai.stanford.edu/assets/files/ai_index_report_2026.pdf. Voir également deux bases de données avec les incidents catalogués : AIM: AI Incidents and Hazards Monitor, OECD.AI & GPAI, 9 June 2026, https://oecd.ai/en/incidents et The AI Incident Database [no date], https://incidentdatabase.ai. Les incidents vont d’erreurs de conduites de véhicules autonomes causant des blessures ou la mort, aux brèches donnant accès à des informations confidentielles. Dans le secteur humanitaire, on peut penser à des erreurs de traduction qui ont mené au refus d’une demande d’asile : Andrew Deck, “AI translation is jeopardizing Afghan asylum claims”, Rest of world, 19 April 2023, https://restofworld.org/2023/ai-translation-errors-afghan-refugees-asylum ou bien à l’utilisation de l’IA par l’armée américaine ayant mené à la mort d’au moins 165 étudiantes en Iran : Natali Gbele, “Lessons Learned from the Minab School Strike”, Völkerrechtsblog, 7 April 2026, https://voelkerrechtsblog.org/lessons-learned-from-the-minab-school-strike
16 Yolanda Gil and Raymond Perrault (ed.), Artificial Intelligence Index Report, Standford University Institute for Human-Centered Artificial Intelligence, 2026, https://hai.stanford.edu/assets/files/ai_index_report_2026.pdf
17 Rebecca Chandiru et al., “Beyond the hype: Ground truth on AI across the humanitarian sector”, Humanitarian Leadership Academy, 26 February 2026, https://www.humanitarianleadershipacademy.org/resources/beyond-the-hype-ground-truth-on-ai-across-the-humanitarian-sector [traduction de l’éditeur].
18 Croix-Rouge du Costa-Rica, ICRC, UNHCR, Save The Children, NRC, ERR Sudan, Kictanet Kenya, African Institute for AI Governance and Ethics (AIGE), Maskhane, Digital Umuganda Rwanda, Data friendly Space Nepal et autres.
19 Ana Beduschi, “Harnessing the potential of artificial intelligence for humanitarian action: Opportunities and risks”, International review of the Red Cross, no. 919, June 2022, https://international-review.icrc.org/articles/harnessing-the-potential-of-artificial-intelligence-for-humanitarian-action-919
20 Unitar, Fusing AI into satellite image analysis to inform rapid response to floods, 13 April 2021, https://unitar.org/about/news-stories/news/fusing-ai-satellite-image-analysis-inform-rapid-response-floods
21 Andrew Deck, “AI translation is jeopardizing Afghan asylum claims”, op. cit.
22 Dans le domaine de l’IA, on parle d’hallucination pour évoquer une réponse fausse ou trompeuse qui est présentée comme un fait certain, par exemple une référence bibliographique [note de l’éditeur].
23 Voir Near, https://near.ngo
24 Voir ResilioFund, https://resiliofund.org
25 Estimation personnelle de l’auteur sur la base de données rassemblées, par exemple : World Food Programme, WFP’s engagement in middle-income countries (2019–2024): Evaluation synthesis, 21 May 2025, p. 2. https://www.wfp.org/publications/wfps-engagement-middle-income-countries-2019-2024-evaluation-synthesis ; Sara Harcourt and Jorge Rivera, Official Development Assistance, One Data, 9 April 2026, https://data.one.org/analysis/official-development-assistance ; IFRC, All Appeals (1,824) [no date], https://go.ifrc.org/appeals/all?atype=1

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