Témoins privilégiés sur le terrain, les ONG humanitaires sont plus que jamais des sources d’information cruciales dans un monde saturé de fake news. Mais entre inflation informationnelle et instrumentalisation politique, leur communication se heurte à de nouveaux défis. Comment préserver leur crédibilité et continuer à éclairer l’opinion publique sur les crises ?
En 2025, la solidarité mondiale et la coopération internationale pâtissent des tensions géopolitiques, qui poussent plus de 120 millions de personnes à se déplacer[1]USA for UNHCR, Refugee Statistics, 2024, https://www.unrefugees.org/refugee-facts/statistics/atistics et affectent gravement le financement et l’efficacité de l’intervention humanitaire dans nombre de pays du globe.
Les humanitaires sont témoins d’une résurgence de crises humanitaires sévères, dans lesquelles l’État de droit n’est plus respecté. Dans les conflits passés, le droit international était souvent négligé dans la pratique, entraînant des conséquences humanitaires dévastatrices. Outre ces violations de facto, les principaux décideurs – gouvernementaux ou non – rejettent aujourd’hui délibérément et ouvertement l’importance et les obligations du droit international, non par négligence, mais bien par défiance, en toute conscience, et en niant publiquement et ouvertement le droit humanitaire international, à l’instar de plusieurs groupes armés au Myanmar[2]Geneva Call, Engaging Non-State Armed Groups on International Humanitarian Law, 2024, https://genevacall.org/our-work. Le monde entier constate ainsi un schéma répétitif de violations du droit international, avec une tendance préoccupante à déclarer publiquement leur intention d’enfreindre le droit international.
Dans le même temps, les organisations humanitaires sont confrontées à la réalité du quotidien des personnes qu’elles aident, alors que leurs capacités de réponse au large éventail des besoins vitaux de ces dernières sont réduites. Cet état de fait s’accompagne de nombreux défis de taille pour l’intervention humanitaire, en raison notamment des modifications des financements, des changements de stratégies et, plus largement, du débat sur la « réinitialisation de l’aide humanitaire »[3]International Council of Voluntary Agencies, The IASC Humanitarian Reset examined : A strategic briefing for NGOs, 23 May 2025, … Continue reading [humanitarian reset, en anglais, NDLR].
Outre cette dure réalité, les phénomènes de « l’infobésité »[4]Stella Zaryan, Truth and Trust: How Audiences are Making Sense of Fake News, Thesis, Lund University, 2017, … Continue reading et de la mésinformation ont contribué à exacerber les tensions et amplifier les crises humanitaires existantes. La communication humanitaire est mise au défi, et de différentes manières, par cet environnement en pleine évolution. La littérature sur la documentation des crises traduit abondamment la tendance habituelle à une couverture médiatique basée sur l’immédiateté et la nouveauté, mais le flux continu et exponentiel d’information – ayant engendré ce terme d’infobésité ou de « surinformation » – est en train de noyer les mises à jour contextuelles des crises humanitaires et des populations touchées. De ce fait, ces crises ne sont que peu couvertes par les médias, et mal représentées dans l’espace public, ce qui entraîne une baisse de l’intérêt public et un désengagement des gouvernements. Ces crises oubliées, négligées par les médias internationaux, « ne reçoivent que peu ou pas d’aide et ne deviennent jamais le centre d’attention des efforts de la diplomatie internationale », ce qui a affecté directement les populations déplacées dans des pays comme le Cameroun, l’Éthiopie et le Mozambique en 2024[5]Norwegian Refugee Council, The world’s most neglected displacement crises 2024 – It is time for action, 3 June 2025, … Continue reading.
« La mésinformation a un effet de sape sur la communication humanitaire. »
Dans le même temps, la mésinformation a un effet de sape sur la communication humanitaire. Ainsi, en montrant sur les réseaux sociaux des travailleurs humanitaires sur le terrain en présence d’armes, on laisse entendre qu’ils ne respecteraient pas les principes humanitaires. La désinformation vise à la fois les communautés qu’elles aident et ces organisations humanitaires, mettant en danger autant les travailleurs humanitaires et la réponse elle-même que les populations déplacées. Face à ces défis d’un genre particulier, comment la communication des organisations non gouvernementales (ONG) humanitaires est-elle touchée par le backlash, ce contrecoup de l’ère de la post-vérité ?
Les ONG, communicantes indispensables dans les crises humanitaires
Dans des environnements en proie aux conflits et difficiles d’accès, les ONG humanitaires servent souvent de témoins essentiels sur le terrain. Dans ce contexte complexe, de nombreux acteurs clés qui protègent la démocratie, l’égalité et les droits humains ne sont plus en mesure d’accéder aux régions où la situation s’aggrave. Ces remarques valent pour une grande diversité de contextes tels que la Somalie, où la présence humanitaire au-delà de Mogadiscio est réservée aux humanitaires, et notamment les ONG internationales autorisées à se déployer dans les sites difficiles d’accès qui hébergent des personnes déplacées internes. Les organisations de la société civile, les journalistes et les représentants des communautés sont directement visés, ce qui laisse peu de place à l’opposition et aux dénonciations. C’est en ce sens que les humanitaires comptent parmi les dernières sources d’information sur le terrain, aptes à témoigner de l’impact des conflits armés, des déplacements de masse, voire de chocs climatiques simultanés.
En travaillant en première ligne sur les désastreuses conséquences des guerres, les humanitaires réalisent des analyses contextuelles et des évaluations détaillées des besoins. Ils s’adressent aux communautés, organisent des groupes de discussion thématique, écoutent les témoignages des personnes ayant survécu à l’innommable, et documentent leurs conditions de vie extrêmes. Dans des contextes spécifiques, comme la Somalie, les médias internationaux ont rarement un accès direct aux communautés locales, et les ONG peuvent jouer un rôle clé dans le partage d’informations venant du terrain, notamment lorsqu’elles « produisent et distribuent du contenu gratuit avec les nouvelles »[6]Silvio Waisbord, “Can NGOs change the news?”, International Journal of Communication, vol. 5, 2011, pp. 142–165..
Ces informations de première main servent à orienter la réponse humanitaire, mais également à illustrer les besoins sur le terrain. Au cours des dernières décennies, les organisations humanitaires se sont progressivement servies de la communication comme d’un puissant outil de sensibilisation aux réalités constatées sur le terrain. Par conséquent, c’est avec cet objectif à l’esprit qu’elles ont de plus en plus investi pour développer leur expertise dans ce domaine. Outre ce premier objectif, les stratégies de communication humanitaire ont également cherché à mettre en avant l’impact de leurs interventions, souvent par le biais de la narration et de contenus visuellement convaincants, tout en soutenant les efforts de collecte de fonds.
« Les ONG ont développé un savoir-faire spécifique en communication de crise. »
En plus de leurs efforts quotidiens de communication, les ONG ont développé un savoir-faire spécifique en communication de crise. Elles sont en première ligne des urgences et servent souvent de source fiable d’information aux médias internationaux et nationaux pour compléter ou éclairer leurs propres analyses[7]Simon Cottle and David Nolan, “Global humanitarianism and the changing aid–media field : ‘Everyone was dying for footage’”, Journalism Studies, vol. 8, no. 6, 2007, pp. 862–878.. L’élaboration de plans de communication d’urgence est une tactique importante pour les organisations afin de veiller à ce qu’une situation donnée soit couverte par les médias, de manière à influencer l’opinion publique et les considérations des décideurs.
La communication humanitaire joue un rôle clé dans la promotion des efforts de plaidoyer visant à influencer les politiques et l’opinion publique. Alors que la diplomatie humanitaire est une des tactiques dont se servent des organisations telles que le Comité international de la Croix-Rouge, le Norwegian Refugee Council et le Danish Refugee Council pour influencer, en coulisses, l’élaboration des politiques, les communications extérieures sont identifiées comme un des outils privilégiés ou complémentaires de plaidoyer permettant d’avoir une influence sur les décideurs sous la pression d’une opinion publique éclairée. C’est notamment l’une des raisons pour lesquelles les organisations humanitaires investissent davantage dans leurs capacités de gestion de l’information et leurs ressources de plaidoyer basées sur des données probantes.
Certaines organisations, dont Médecins Sans Frontières (MSF), estiment que les humanitaires ont été « témoins[8]Valérie Gorin, “Witnessing and Témoignage in MSF’s advocacy”, Journal of Humanitarian Affairs, vol. 3, no. 2, November 2021, pp. 28–33. » du manque d’accès aux besoins élémentaires et de la déshumanisation des civils dans les zones de conflit, ce qui les pousse à chercher les moyens d’avoir un impact durable tout en répondant aux besoins urgents. C’est en ce sens que le plaidoyer humanitaire est considéré comme un moyen efficace de s’attaquer aux causes profondes de la faim et des violations du droit international qui touchent directement les civils.
La communication humanitaire engluée à l’ère de la post-vérité
Confrontée à la multiplicité des canaux de communication, l’opinion publique est facilement influençable, surtout lorsqu’il est difficile d’identifier les sources fiables d’information, ce qui est particulièrement le cas dans les régions reculées. La représentation des crises humanitaires souffre fortement de la perte de contrôle démocratique sur les plateformes numériques, au profit de l’information disponible immédiatement et en continu. En outre, les algorithmes ciblés et la censure sur les réseaux sociaux et les sites web compliquent d’autant plus la possibilité de sensibiliser à des crises spécifiques. De plus, l’utilisation de mots-clés tels que « genre » ou « climat », tous deux essentiels à une meilleure compréhension des crises humanitaires, peut être intentionnellement noyée dans l’infobésité observable sur les réseaux sociaux si ces termes ne sont pas jugés alignés sur les politiques gouvernementales. Ces termes seront donc volontairement supprimés afin de préserver la visibilité en ligne et maintenir les crises au centre des décisions difficiles à prendre[9]Irwin Loy, “Aid groups are erasing climate change from their websites. Feeling Trump pressure, some agencies are editing, downplaying, or deleting climate language”, The New Humanitarian, 24 … Continue reading.
L’impact de la désinformation peut être néfaste dans de tels cas, puisqu’un manque de couverture publique de ces crises et concepts particuliers peut entraîner la réduction du financement des programmes sensibles à la dimension de genre, par exemple, ou la diminution de la présence humanitaire dans les pays touchés par le dérèglement climatique, entraînant, en définitive, l’abandon des populations vulnérables.
Il est compliqué de déconstruire et de contrer les effets des fake news, dont les conséquences sont diverses sur la communication et les interventions humanitaires. »
Il est compliqué de déconstruire et de contrer les effets des fake news, dont les conséquences sont diverses sur la communication et les interventions humanitaires. Sur les réseaux sociaux, les ONG humanitaires sont parfois ciblées par les parties prenantes d’un conflit. Ainsi, des autorités gouvernementales ou des partis politiques diffusent des informations erronées via des médias publics – visant notamment des populations réfugiées et les organisations de soutien – et contribuent ainsi à la propagation de la haine et de la méfiance en ligne. Dans le contexte du Myanmar, de puissants acteurs non étatiques ont présenté des ONG humanitaires comme étant des instruments cachés de « politiques occidentales » ou d’un gouvernement militarisé, affectant directement la réputation des ONG et remettant en cause leur principe de neutralité pendant la crise des Rohingyas en 2017[10]Amnesty International, Myanmar. Les systèmes de Facebook ont promu la violence contre les Rohingyas – Meta doit des réparations, 29 septembre 2022, … Continue reading. Des organisations humanitaires sont également aux prises avec de faux comptes sur les réseaux sociaux, qui tentent de frauder ou de leur attribuer faussement des erreurs, comme cela est arrivé au Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies pour le Fonds humanitaire pour l’Ukraine[11]United Nations, Fraud alert: UN warns Ukrainian citizens and aid organizations about scam schemes using the name of the Ukraine Humanitarian Fund, United Nations in Ukraine, 29 September 2022, … Continue reading.
La communication humanitaire peut également être instrumentalisée publiquement par des parties prenantes externes dans leur propre intérêt, très souvent à l’opposé des intérêts d’une intervention humanitaire basée sur les principes. En ce sens, « les téléphones portables et les réseaux sociaux sont [parfois] utilisés pour promouvoir des hostilités locales », exacerbant des tensions et créant de la confusion[12]Mark Bowden and Victoria Metcalfe-Hough, Humanitarian diplomacy and protection advocacy in an age of caution, Humanitarian Policy Group, Briefing Note, 25 November 2020, … Continue reading. Des groupes armés non étatiques peuvent tenter de faciliter l’accès des humanitaires en échange de leur présence lors de la distribution d’aide, par exemple, afin de manipuler la perception qu’ont les communautés de l’intervention humanitaire et renforcer leur propre image publique. Il est ainsi crucial que « la relation entre “éthique” et “instrumentalisation” serve de base à un engagement responsable dans le domaine de la communication humanitaire »[13]David Nolan and Akina Mikami, “‘The things that we have to do’: Ethics and instrumentality in humanitarian communication”, Global Media and Communication, vol. 9, no. 1, 6 December 2012, pp. … Continue reading.
Les répercussions de la post-vérité sur le travail humanitaire
L’ère de la post-vérité a de très lourdes répercussions sur le travail humanitaire, non seulement parce qu’elle a un impact sur la réputation des ONG, mais également parce qu’elle donne une vision déformée de la réalité des personnes dans le besoin. En faisant circuler des fake news au milieu d’une grande quantité d’informations, les politiciens s’assurent de faire perdre tout crédit aux communications publiques et de donner une fausse représentation des conditions de vie des populations concernées et de la manière dont l’aide les soutient. Par exemple, des acteurs politiques peuvent propager des informations erronées sur le contenu de l’aide humanitaire, donnant faussement l’impression que l’aide agit en tant que partie au conflit ou, dans le pire des cas, créant l’impression que les victimes d’un conflit sont, elles aussi, partie au conflit.
L’ère de la post-vérité implique systématiquement des risques cumulatifs pour les opérations des ONG. La mésinformation et l’infobésité créent notamment de forts risques pour la réputation des ONG en donnant l’impression que les organisations ne sont pas neutres. Cela entraîne une diminution de l’acceptation de la part des communautés et affecte directement l’accès des ONG aux populations vulnérables. En outre, cette mésinformation entraîne des risques supplémentaires pour la sécurité des humanitaires, en incitant l’opinion publique à tolérer de manière passive les cas de meurtre et d’enlèvement d’humanitaires, tout en augmentant les risques pour les bénéficiaires de l’aide en les présentant comme des ennemis ou une partie au conflit. Ces risques croissants coïncident avec une augmentation des difficultés opérationnelles, puisque la distribution d’aide humanitaire nécessite une planification plus précautionneuse afin que l’intervention ne soit pas visible, en remplaçant par exemple l’aide en nature par des transferts monétaires pour atténuer ces risques.
En parallèle, les fonds humanitaires ont enregistré une très forte baisse. Cette diminution a coïncidé avec l’utilisation constante de la mésinformation ciblant les crises humanitaires et les réponses apportées, incitant l’opinion publique à douter de l’utilité d’une telle aide en priorisant les politiques nationales plutôt que l’aide humanitaire étrangère. Cela a été possible en détricotant le lien entre aide humanitaire et bien-être de la société occidentale avec des déclarations publiques fortes exprimant une perception unilatérale de l’aide humanitaire.
En plus de toutes ces difficultés, les organisations entre elles et les pays entre eux se livrent à une concurrence pour susciter l’intérêt du public, car la couverture médiatique est perçue comme renforçant le soutien de ce dernier à l’égard des populations touchées par les crises. C’est la raison pour laquelle les organisations humanitaires collaborent avec la radio locale en République démocratique du Congo, notamment pour sensibiliser le grand public à la question des besoins élémentaires et à l’importance de la protection des populations déplacées.
Les communications humanitaires externes témoignent clairement de cette concurrence pour les financements et la visibilité auprès du grand public. Il est souvent demandé aux organisations de produire du contenu lors de campagnes internationales, même lorsque le thème retenu n’entre pas dans leur champ de compétences. Bien que cela puisse contribuer à sensibiliser le public sur des questions importantes, comme l’accès à l’eau, le volume de publications produites lors de ces campagnes peut pénaliser les organisations ayant des capacités moindres dans ce domaine, même si elles disposent de connaissances contextuelles approfondies et qu’elles sont solidement ancrées sur le terrain.
Des mesures d’atténuation pour les communications humanitaires dans un monde de mésinformation
Les organisations humanitaires doivent adopter des mesures de communication stratégiques et basées sur les principes afin de protéger à la fois leur crédibilité et leur mission. Outre la planification stratégique de l’intervention, les organisations humanitaires doivent donner la priorité à l’élaboration de plans de communication stratégiques basés sur ces principes, notamment adopter des mesures pour atténuer certaines des conséquences négatives de l’ère de la post-vérité. Cette approche nécessite de prioriser l’indépendance et la diversification des financements, à une époque où les conflits complexes sont récurrents et alors que l’aide humanitaire est de plus en plus instrumentalisée par les intérêts politiques, renforçant d’autant l’indispensable neutralité de l’aide. De plus, les intervenants humanitaires devraient acquérir des compétences pour apprendre à identifier en amont les objectifs de communication, les outils, les publics cibles et les messages clés, tout en accordant l’attention nécessaire aux lignes rouges à ne pas dépasser. En élaborant une stratégie de communication basée sur les principes, les organisations veilleront à inclure des étapes pragmatiques pour informer le public à propos des crises, tout en préservant l’importance centrale des principes humanitaires. Cette approche basée sur les principes est bien illustrée dans la vidéo de MSF sur le caractère crucial d’une meilleure représentation des humanitaires et des populations affectées[14]MSF South Asia, MSF: Better representation of our diverse global workforce, YouTube video, 2 December 2022, https://www.youtube.com/watch?v=btO8tehhlcE. Cette priorité est d’autant plus importante que les organisations humanitaires travaillent dans cet environnement parallèlement aux discussions en cours sur le reset humanitaire.
Il est essentiel que les organisations humanitaires adoptent des méthodes de communication innovantes afin de continuer à être pertinentes et à contrer la désinformation de manière efficace. Cette approche permettra aux organisations humanitaires d’adopter de nouvelles manières de communiquer et de maintenir une présence forte dans la sphère publique, de contrer la mésinformation et de renforcer leur positionnement dans un paysage où l’infobésité réduit l’intérêt du public pour des crises humanitaires dévastatrices. Ces nouvelles méthodes peuvent inclure le recours à des plateformes de communication émergentes telles que TikTok, les fils de discussions, Medium, etc. – ainsi que l’adaptation à de nouveaux formats – les canaux WhatsApp, des histoires du terrain, etc.
« Les organisations humanitaires devraient davantage investir dans des campagnes de plaidoyer conjointes où elles sont considérées comme de puissants vecteurs de lutte contre les discours de haine et la mésinformation. »
Par ailleurs, les organisations humanitaires devraient davantage investir dans des campagnes de plaidoyer conjointes où elles sont considérées comme de puissants vecteurs de lutte contre les discours de haine et la mésinformation. Les campagnes de plaidoyer conjointes renforcent la crédibilité des organisations à informer l’opinion publique sur les populations laissées pour compte. Elles permettent également aux organisations d’avoir davantage d’impact sur les décideurs en regroupant des perspectives influentes qui leur permettent d’atteindre leurs objectifs de plaidoyer et d’influence politique, telles que la facilitation de l’accès aux populations éloignées dans le besoin.
En outre, les organisations devraient également inclure des communications de proximité dans leurs plans stratégiques en donnant aux populations affectées l’occasion de faire part de leurs inquiétudes, de partager leurs combats quotidiens et de plaider en faveur d’une attention internationale, et ce, surtout lorsque l’infobésité diminue l’intérêt du grand public. Les organisations locales sont indispensables pour continuer à défendre leurs droits, en particulier lorsque les politiciens occidentaux ont tendance à discréditer leur voix.
Enfin, les organisations humanitaires devraient renforcer leurs efforts de diplomatie humanitaire parallèlement à leurs efforts de communication externe, surtout lorsqu’ils sont alignés sur un plaidoyer fondé sur des faits et centré sur les impacts à long terme plutôt que sur la collecte de fonds[15]Monika Krause, “Humanitarian communication and its limits”, in Irene Bruna Seu and Shani Orgad (eds.), Caring in Crisis: Humanitarianism, the Public and NGOs, Palgrave Macmillan, 2017, pp. … Continue reading. En mettant l’accent sur les besoins et en abordant en bilatéral les problèmes cruciaux, et en influençant les décideurs politiques loin des regards extérieurs, les organisations seront plus à même de fournir une aide humanitaire de meilleure qualité, alors que les discussions politisées en ligne et en public peuvent retarder des interventions appropriées et accroître les vulnérabilités.
En conclusion, les organisations humanitaires jouent un rôle essentiel dans le partage d’informations contextuelles clés sur les crises humanitaires, particulièrement dans les zones de conflit et les régions difficiles d’accès. Elles peuvent aider les médias internationaux à accéder aux données probantes du terrain et à éclairer l’opinion publique, grâce à leur crédibilité reconnue. Les organisations apportent une expertise importante en matière de communication sur les crises, et notamment sur les violations du droit international et ses graves conséquences humanitaires. Cependant, elles font face à d’importants défis à l’ère de la post-vérité où la désinformation et l’infobésité transforment les perceptions de l’opinion publique à l’égard des populations affectées, et ont, par conséquent, un impact négatif sur les interventions humanitaires. Pour atténuer ces risques, les organisations doivent investir dans la planification de communication stratégique basée sur les principes, soutenir les initiatives de communication conjointes au niveau local et donner la priorité aux efforts de diplomatie humanitaire.
Cet article est une initiative personnelle et ne reflète aucunement le point de vue de quelque organisation que ce soit.
Traduit de l’anglais par Morgane Boëdec
Crédits photo : Yunus Erdogdu
