Le démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international et l’offensive contre les droits sexuels et reproductifs marquent un tournant. Financements réactionnaires en hausse, coupes budgétaires drastiques : un agenda politique coordonné menace l’égalité de genre et les principes humanitaires, avec des conséquences dévastatrices pour des millions de femmes, de filles et des minorités vulnérables.
Au cours des deux dernières décennies, les organisations non gouvernementales (ONG) françaises ont considérablement renforcé l’intégration des enjeux de genre dans leurs stratégies et pratiques. Précurseures, leurs homologues anglo-saxonnes avaient intégré dès les années 1990-2000 des approches transformatrices en la matière, intégrées au cycle de projet et à un niveau plus structurel. Ces dynamiques se sont traduites par des avancées notables aux niveaux institutionnel et politique, souvent obtenues grâce au plaidoyer constant de la société civile, à l’instar de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU « Femmes, paix, sécurité » de 2000 et des plans d’action nationaux afférents, des stratégies bailleurs d’intégration du genre, de l’affirmation de diplomaties féministes, ou encore du développement de financements spécifiques pour les organisations féministes. Ces évolutions traduisent un véritable changement de paradigme : le secteur ne se limite plus à répondre aux seuls besoins essentiels des populations, mais cherche désormais à s’attaquer aux injustices systémiques et aux vulnérabilités spécifiques. Cette approche ouvre la voie à des transformations plus profondes, inscrites dans la durée, et positionne l’égalité de genre non seulement comme un enjeu transversal, mais aussi comme un levier de changement structurel au sein des politiques de solidarité internationale.
Cependant, chaque progrès s’accompagne souvent de reculs, que ce soit sous la forme de restrictions législatives, de pressions financières ou d’attaques contre les organisations et les activistes. Les coupes drastiques dans l’aide publique au développement (APD) comme dans l’aide humanitaire, et la montée des mouvements d’extrême droite et anti-droits constituent des menaces qui restreignent considérablement les actions de solidarité internationale, en s’attaquant en premier lieu aux droits et santé sexuels et reproductifs (DSSR). Or, les DSSR incarnent des libertés fondamentales : le droit de disposer de son corps, de choisir si, quand, et avec qui avoir des relations sexuelles, de décider de mener ou non une grossesse, et d’accéder à des soins et à une information de qualité. Ces droits sont essentiels pour garantir l’égalité de genre et l’émancipation des femmes et personnes LGBTQIA+[1]LGBTQIA+ : Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres, Queers, Intersexes, Asexuels et autres minorités sexuelles et de genre [NDLR].. Dans ce contexte, en quoi la défense et la promotion des droits et santé sexuels et reproductifs représentent-elles un enjeu humanitaire incontournable ?
Les ONG humanitaires doivent tout d’abord reconnaître les liens entre les coupes des budgets dédiés à l’APD ou à l’humanitaire et la montée de l’extrême droite et des mouvements anti-droits. En établissant l’impact disproportionné de ces coupes pour les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+, ainsi que leurs effets sur la qualité de l’aide globalement, les ONG se doivent de renforcer leur soutien aux organisations féministes et aux actions liées aux DSSR en ce qu’elles sont un vecteur de développement global.
Des coupes budgétaires qui reflètent la montée d’un agenda réactionnaire global
Les coupes du budget de l’Agence des États-Unis pour le développement international (U.S. Agency for International Development – USAID en anglais) et le démantèlement de cette dernière entre janvier et septembre 2025 constituent un choc qui a bouleversé le secteur de la solidarité internationale par son ampleur et sa brutalité. Cependant, la baisse des financements de l’APD, observée depuis 2024[2]OCDE, « L’aide internationale recule en 2024 pour la première fois en six ans, selon l’OCDE », communiqué de presse, 16 avril 2025, … Continue reading, est le résultat d’un changement de paradigme pour les pays donateurs comme pour les pays récipiendaires de l’aide. Depuis la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement de 2005[3]OCDE, Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement, 2005, … Continue reading, le paradigme « classique » de l’aide, soutenu par les investissements du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, voulait que les États donateurs uniformisent leurs soutiens respectifs selon une stratégie nationale décidée et pilotée par l’État récipiendaire de l’aide[4]Bright Simons, “Why the crisis in global aid is bigger than Trump?”, Overseas Development Institute, 19 February 2025, https://odi.org/en/insights/why-the-crisis-in-global-aid-is-bigger-than-trump ; cela dans la poursuite de la réalisation des objectifs du millénaire, suivis des objectifs de développement durables (ODD)[5] Nations unies, Les Objectifs du millénaire pour le développement et l’après-2015, issus de la Déclaration du Millénaire, 2000, https://www.un.org/fr/millenniumgoals/bkgd.shtml ; Les 17 … Continue reading. Or, les pays donateurs affichent désormais des approches plus « pragmatiques », centrées sur leurs gains économiques et stratégiques, y compris parmi les États qui défendent historiquement ce paradigme « classique » de l’aide, en premier lieu, les États membres de l’Union européenne (UE). D’après le Centre européen de gestion des politiques de développement (European Centre for Development Policy Management – ECDPM en anglais), la politique d’aide internationale de l’UE et de ses États membres est influencée de manière croissante par les événements et les crises externes. Il identifie comme facteurs d’influence notoires : les intérêts économiques et commerciaux devenus prioritaires, les changements politiques internes des États membres – notamment en matière de migration –, une priorité renouvelée envers des objectifs de défense, des besoins et exigences affirmés des pays récipiendaires de l’aide (qui ont aujourd’hui plus d’options de partenariat) ainsi qu’un détachement vis-à-vis des engagements globaux tels que les ODD et « l’agenda de valeurs »[6]Andrew Sherriff and Pauline Veron, “What is driving change in Europe’s international cooperation agenda? Part 1”, Briefing Note no. 175, ECDPM, January 2024, p. 6, … Continue reading favorisant le progrès social et démocratique. Cet éloignement de l’agenda de valeurs – qui promeut la diversité, l’égalité et l’inclusion – est renforcé par la montée en puissance des agendas anti-droits, en particulier ceux qui visent à restreindre l’accès à l’avortement, à remettre en cause l’égalité de genre ou à attaquer les droits des personnes LGBTQIA+. Depuis le milieu des années 2010, plusieurs organisations engagées pour les DSSR ont documenté de manière systématique les circuits de financement – publics et privés – alimentant ces mouvements conservateurs transnationaux. Dès 2017, le Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs (European Parliament Forum for Sexual and Reproductive Rights – EPF en anglais) publiait des rapports majeurs[7]Neil Datta, Restoring the Natural Order – An agenda for Europe, European Parliament Forum for Sexual and Reproductive Rights (EPF), April 2018, … Continue reading révélant les stratégies déployées par ces réseaux – et leur ampleur –, souvent dissimulés derrière des rhétoriques consensuelles en faveur de la « famille traditionnelle » ou de la « liberté de religion ».
« Depuis plusieurs années, on constate une explosion des financements en faveur des mouvements anti-avortement, anti-LGBTQIA+ et, plus largement, anti-droits. »
De fait, depuis plusieurs années, on constate une explosion des financements en faveur des mouvements anti-avortement, anti-LGBTQIA+ et, plus largement, anti-droits. En 2009, ces organisations recevaient en moyenne 20 millions de dollars américains par an. Ce chiffre a quadruplé en 2018, atteignant plus de 80 millions de dollars par an. Entre 2019 et 2023, le montant total de ces financements a atteint 1,18 milliard de dollars. La Hongrie, la France, le Royaume-Uni, la Pologne et l’Espagne sont en tête des pays d’où émanent ces financements[8]Ces données sont extraites du rapport de Neil Datta, The Next Wave: How Religious Extremism Is Regaining Power, EPF, September 2025, https://www.epfweb.org/node/1147. Ces sommes considérables alimentent un agenda réactionnaire global, déployé à tous les niveaux – local, national et international –, dont l’objectif est de fragiliser durablement les acquis en matière de droits et d’égalité de genre. Cette mobilisation croissante a déjà donné des résultats politiques tangibles, comme la Déclaration de consensus de Genève (sous le premier mandat de Donald Trump en 2020), signée par trente-cinq États. Juridiquement non contraignante, cette déclaration fédère des gouvernements anti-droits dans le but de détricoter les engagements internationaux protégeant les DSSR, en particulier le droit à l’avortement, les politiques de santé et d’éducation sexuelle respectueuses de l’autonomie des individus, et les droits des personnes LGBTQIA+. Par ailleurs, Donald Trump a réinstauré dès son investiture la « règle du bâillon mondial » (Global Gag Rule), également connue sous le nom de « politique de Mexico » (Mexico City policy), qui supprime tout financement institutionnel à des ONG promouvant ou offrant des soins d’avortement. Cette politique pourrait être étendue à toutes les activités en faveur de l’égalité de genre ou de la diversité, comme le préconise le « Projet 2025 » – base idéologique du programme actuellement mis en oeuvre par le président américain[9]Elizabeth Sheppard Sellam, « “Project 2025” : le manuel secret de Trump prend vie », The Conversation, 16 octobre 2025, … Continue reading.
En produisant des données précises, en identifiant les acteurs impliqués et les mécanismes de diffusion de ces idéologies, les organisations féministes et celles qui travaillent sur les DSSR ont contribué à lever le voile sur cette offensive réactionnaire coordonnée, longtemps sous-estimée. Leur travail a permis d’alerter les institutions internationales et les décideurs politiques, et d’outiller la société civile pour contrer des narratifs de plus en plus structurés et transnationaux, opposés aux valeurs sous-jacentes à la solidarité internationale et au financement de celle-ci.
Les femmes et les personnes LGBTQIA+, premières victimes des coupes budgétaires
Les orientations politiques évoquées ci-dessus entraînent des conséquences sociales et sanitaires majeures qui affectent les femmes et les filles de manière disproportionnée. Alors que l’aide bilatérale américaine représentait 40 % de l’ensemble des financements mondiaux pour la planification familiale[10]Adam Wexler, Jennifer Kates, Stephanie Oum et. al., Donor Government Funding for Family Planning in 2023, KFF, 12 December 2023, … Continue reading, la suppression de près de 85 % des subventions de l’USAID menace directement l’accès aux soins contraceptifs pour 47,6 millions de femmes et de couples chaque année, donnant lieu à une estimation du Guttmacher Institute de 17,1 millions de grossesses non intentionnelles, des avortements non sécurisés, et 34 000 décès maternels évitables, obstruant et fragilisant des systèmes de santé déjà faibles[11]Floriane Borel and Samira Damavandi, Six Months In: How the Trump Administration Is Undermining Sexual and Reproductive Health and Rights Globally, Guttmacher Institute, Policy Analysis, August 2025, … Continue reading. À titre d’exemple, l’immobilisation en Belgique, puis l’incinération prévue en France de près de 10 millions de contraceptifs privera 1,4 million de femmes et de filles d’un accès vital à la contraception en République démocratique du Congo, au Kenya, en Tanzanie, en Zambie, et au Mali[12]IPPF, Plus de 1,4 million de femmes et de filles en Afrique privées de contraception après la décision des États-Unis de détruire les stocks mondiaux, 6 août 2025, … Continue reading.
L’arrêt des subventions des États-Unis aux agences des Nations unies, clés pour les DSSR – Fonds des Nations unies pour la population, Organisation mondiale de la santé (OMS), ONU Femmes, Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) –, accompagné d’un retrait unilatéral de l’OMS, accentue l’isolement américain et fragilise le système multilatéral. La cessation brutale du financement des enquêtes démographiques et sanitaires, outil de référence pour le suivi de la santé maternelle, infantile et reproductive, affaiblira inévitablement l’architecture globale de la santé mondiale et des droits des femmes, et compromet grandement la capacité des pays à mesurer les progrès vers les ODD et la réponse aux crises sanitaires. En effet, la lutte contre les inégalités, notamment les inégalités de genre, fait partie intégrante de l’approche « Ne laisser personne derrière » (Leave No One Behind – LNOB en anglais), essentielle à la réalisation des ODD[13]Frederik Matthys, Wouter Coussement and Gregory De Paepe, More effective development co-operation for leaving no one behind, OECD, 20 September 2023, … Continue reading. ONU Femmes a documenté de manière extensive et détaillée l’amélioration de l’accès et de l’utilisation des services proposés par les acteurs humanitaires, leur efficacité et l’impact général des programmes humanitaires lorsque ceux-ci intègrent des objectifs d’égalité de genre.
La réduction des financements et le recentrage de ceux-ci sur l’aide humanitaire dite « vitale »[14]. OCHA, The humanitarian reset, lettre du Coordinateur délégué aux affaires humanitaires des Nations unies (en anglais), Tom Fletcher, 10 mars 2025, … Continue reading, combinés à la généralisation des approches transactionnelles de l’APD, influencée par les mouvements anti-droits, font craindre un abandon des critères de qualité liés à la diversité, l’inclusion et l’égalité au profit du nombre de personnes recevant de l’aide. À travers ses recherches sur la mise en oeuvre de l’approche « Ne laisser personne derrière », le think tank Overseas Development Institute, via le Humanitarian Policy Group, note que les organisations humanitaires ne ciblent pas toujours les réponses aux besoins les plus urgents, car elles ne prennent pas assez en compte les normes néfastes et les dynamiques de pouvoir opérant pendant les crises. Il explique que les organisations humanitaires ont davantage l’habitude de penser l’inclusion à l’échelle individuelle ou de petits groupes, et moins à une échelle macro plus politique qui permettrait de réfléchir l’inclusion en matière d’accès aux droits et non pas seulement de réponse à des besoins. Or, le principe d’impartialité suppose un accès égal aux droits, lui-même affecté par des facteurs de discrimination et d’exclusion[15]Olivier Lough, Véronique Barbelet and Sarah Njeri, “Inclusion and exclusion in humanitarian action: findings from a three-year study”, Humanitarian Policy Group report, ODI, July 2022, p. 8, … Continue reading. Ainsi, afin de garantir une aide internationale efficace répondant aux besoins les plus urgents, selon les principes humanitaires, il est essentiel de maintenir et d’augmenter la prise en compte des critères de vulnérabilité spécifiques des personnes recevant ces aides, notamment les inégalités de genre.
Le rôle des organisations de la société civile indépendantes pour défendre et faire progresser les droits et la santé des femmes
En assurant des services essentiels souvent inaccessibles et en atteignant les communautés les plus marginalisées, les organisations de la société civile (OSC), en particulier celles dirigées par des femmes, sont irremplaçables pour la défense des droits et de la santé de celles-ci. Pourtant, selon l’ONU, 62 % des organisations de femmes avaient déjà dû interrompre certaines activités en juin 2025, et près de la moitié de celles présentes dans les zones de crise risquaient de fermer dans les six prochains mois[16]ONU Femmes, La baisse des financements humanitaires menace les droits des femmes : enjeux et solutions, 13 mai 2025, … Continue reading.
Entre 2021 et 2022, les organisations de défense des droits des femmes n’ont reçu que 0,9 % de l’aide humanitaire mondiale – soit 142 millions de dollars. Si les financements continuent de se tarir, les conséquences seront dévastatrices pour des millions de femmes et de familles qui dépendent de leurs services inaccessibles ailleurs. Cette fragilité s’ajoute à la frilosité de certaines OSC de s’engager dans des activités liées aux DSSR, en raison de leur dépendance à des financements institutionnels affectés par des choix politiques anti-droits.
La question se pose aussi pour les grandes ONG internationales : choisiront-elles de sécuriser les budgets, les postes de référent·es genre et les services liés à la contraception, à l’avortement et à la lutte contre les violences basées sur le genre ? Ou choisiront-elles, au contraire, d’opérer des coupes dans ces secteurs jugés « sensibles » ? Une vigilance collective et une introspection s’imposent, afin d’éviter que les droits et la santé des femmes soient encore relégués au second plan et que l’aide internationale ne renforce finalement les inégalités contre lesquelles elle est censée lutter. La privation de ressources pour les OSC féministes qui travaillent avec les populations marginalisées dans une optique de justice sociale mènera à leur disparition, laissant un vide politique et social qui risque d’être comblé par des acteurs dominants. Au mieux, ceux-ci ne s’attacheront pas à réduire les inégalités existantes ; au pire, ils les renforceront et restreindront davantage les espaces de liberté. En plus de l’affaiblissement systémique de ces associations, les professionnel·les de santé et les défenseur·es des DSSR sont régulièrement ciblé·es, menacé·es, criminalisé·es ou réduit·es au silence. Ainsi, défendre les DSSR, c’est résister à une logique autoritaire de contrôle des corps, des sexualités et des identités, et faire front face aux dérives répressives qui menacent les sociétés démocratiques et le principe de solidarité.
« Il est urgent que les ONG de solidarité internationale se coordonnent et se mobilisent avec l’ensemble des acteurs progressistes. »
Face aux menaces croissantes qui pèsent sur les DSSR et leur caractère essentiel pour l’égalité de genre et le développement durable de manière générale, il est urgent que les ONG de solidarité internationale se coordonnent et se mobilisent avec l’ensemble des acteurs progressistes. Il s’agit notamment de favoriser les mécanismes de financement accessibles aux OSC féministes locales et nationales, adossés aux mécanismes de coordination de l’aide internationale, et d’intégrer les DSSR dans les réponses humanitaires et les mouvements plus larges de justice sociale, d’égalité de genre et de défense des droits humains, condition nécessaire à des sociétés égalitaires.
Les ONG doivent regarder de près qui finance leurs actions, et assumer que les bailleurs – publics comme privés – doivent être à la fois des partenaires et des cibles de plaidoyer pour des actions de solidarité internationale stratégiques. Il en va non seulement de la santé et des droits de millions de femmes et de minorités de genre, mais aussi de l’avenir de sociétés démocratiques fondées sur l’égalité, la liberté et la justice. Préserver ces acquis pour les générations futures est un impératif auquel nous ne pouvons nous soustraire.
Source additionnelle mobilisée pour l’écriture de cet article : Susheela Singh, Gilda Sedgh, Elizabeth A. Sully et al., “Protecting global sexual and reproductive health and rights in the face of retrograde US policies and positions”, The Lancet, vol. 405, no. 10490, pp. 1650–1653, 10 May 2025, https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(25)00618-X/abstract
Crédit photo : © Lys Arango pour Action contre la Faim

