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Appel à contributions – La localisation à l’ère du désengagement financier : premier principe ou première victime ?

La revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour le dossier spécial de son 34e numéro, à paraître en mars 2027 et qui sera consacré au thème : « La localisation à l’ère du désengagement financier : premier principe ou première victime ? » (titre provisoire). Si vous êtes intervenant·e, chercheur·euse ou observateur·rice du secteur humanitaire et solidaire international et que vous souhaitez soumettre un projet d’article sur ce sujet, merci d’envoyer un résumé de votre problématique ainsi qu’un plan provisoire et une courte biographie (deux pages maximum) avant le 12 octobre 2026, à l’adresse mail suivante : contact@alternatives-humanitaires.org. Une réponse vous sera adressée au plus tard le 5 juin 2026. Les articles finalisés – rédigés en français ou en anglais – devront être soumis avant le 26 janvier 2027 et compter autour de 2 200 mots (en anglais) ou 2 400 mots (en français), notes de bas de page comprises. Sept à huit articles environ seront retenus pour ce Focus.

Pour chaque numéro, nous étudions également les articles en lien avec des thématiques en relation avec l’action humanitaire et solidaire qui explorent d’autres sujets que celui proposé dans le dossier. Ils pourront être publiés dans les rubriques  Perspectives ,  Transitions ,  Innovations ,  Éthique ,  Reportage  ou  Opinion . Nous vous invitons à nous faire parvenir vos propositions.


La localisation à l’ère du désengagement financier : premier principe ou première victime ?

Un dossier/focus copiloté par Amy Croome, conseillère en politique humanitaire pour la réforme de l’aide et le leadership humanitaire local et Pauline Chetcuti, responsable du conseil et des campagnes humanitaires, toutes deux chez Oxfam International, et par Boris Martin, rédacteur en chef de la revue.

 

La localisation est désormais reconnue comme l’un des piliers centraux d’une action humanitaire efficace et un champ prioritaire de réforme (au centre du Grand Bargain et de ce qu’on appelle le « Humanitarian Reset »). Son institutionnalisation tend à s’accentuer dans les stratégies, les programmes d’accompagnement et les politiques des organisations. Pourtant, alors qu’elle tend à occuper une place de plus en plus centrale dans les débats et les documents stratégiques du secteur, bien des questions émergent quant à ses fins.

L’un des axes de réflexion majeurs a toujours concerné l’efficacité et la rentabilité de la localisation, de manière à permettre l’acheminement direct aux acteurs locaux de 25 % des flux financiers dévolus à l’humanitaire ou, à défaut, via un seul intermédiaire (par exemple, une agence des Nations unies ou une organisation non gouvernementale internationale – ONGI). Si cette réalité témoigne bel et bien du changement systémique dans l’humanitaire (un changement très scruté dans le contexte des coupes financières draconiennes subies par le secteur), elle ne constitue pas une fin en soi et nous en apprend peu sur les autres changements, comme ceux qui affectent les pratiques équitables de partenariat, les modèles de durabilité ou l’égalité entre les différents acteurs.

Les principes directeurs du secteur (à la fois de l’humanitaire et de l’efficacité de l’aide) permettent de mieux définir l’objectif profond de la localisation, qui doit soutenir :

Pour aborder ces trois ambitions, nous sollicitons donc des articles qui détaillent la complexité de leur mise en œuvre, exposent l’écart entre théorie et pratique et mettent en lumière des exemples de réussites et d’échecs. Nous publierons en priorité des articles ancrés dans la pratique et les faits, plutôt que des commentaires supplémentaires sur la direction que devrait prendre la localisation. Nous cherchons des illustrations de changements effectifs et un témoignage honnête de leurs effets transformateurs. C’est l’objet de cet appel à contributions, subdivisé en trois axes d’enquête sous-jacents.

Une société civile diverse : valeur ajoutée et puissance de la redevabilité

La première ambition repose sur un écosystème humanitaire où les organisations de défense des droits des femmes (ODF), les organisations dirigées par des réfugiés (ODR), les grandes ONG nationales et les structures confessionnelles et communautaires jouent toutes un rôle distinct. Les dispositions politiques relatives à la localisation se sont multipliées plus vite que les faits qui les sous-tendent et, chose étonnante, le secteur manque encore largement de preuves rigoureusement documentées quant à l’apport réel des différents types d’acteurs locaux de la société civile à la qualité de la réponse pour les populations touchées (par opposition à leurs contributions aux statistiques sur les flux de financements ou à la diversité institutionnelle sur le papier).

Le dossier de ce nouveau numéro cherche à dépasser le registre de l’affirmation pour s’intéresser aux faits. Dans quels cas les résultats pour les personnes affectées (réponse plus rapide, aide mieux ciblée, efficacité accrue des mesures de protection, renforcement de la dignité et de l’autonomie des bénéficiaires de l’aide) ont-ils été manifestement améliorés par la collaboration avec un type particulier d’acteur local de la société civile ou par le fait de lui fournir des ressources ? Quels éléments ont fait la différence dans ces cas de figure ? Et cette méthode peut-elle être appliquée à d’autres contextes, ou s’avère-t-elle spécifique à une organisation, un type de leadership ou un moment particulier ?

La société civile a également un rôle à jouer, tout aussi important et souvent négligé, en tant qu’acteur à part entière de la redevabilité : elle n’est pas un simple partenaire de mise en œuvre, mais un organe qui met les acteurs humanitaires internationaux et les autorités étatiques face à leurs responsabilités quant à leur traitement des personnes dans le besoin. Nous recherchons notamment des preuves de cette fonction de redevabilité en action : les actions de plaidoyer ou de suivi menées par la société civile ont-elles modifié la manière dont une ONGI, une agence de l’ONU ou un bailleur de fonds conçoit et met en œuvre son intervention ? Cela a-t-il eu un impact sur la capacité ou non des gouvernements à remplir leurs obligations envers leurs propres populations ? Quelles conditions (de financement, de protection ou d’accès aux espaces de prises de décision) ont permis d’exercer cette capacité à exiger des comptes et quelles circonstances l’ont au contraire émoussée ou réduite au silence ?

Pour ce premier domaine de recherche, nous attendons des articles qui reposent sur des pratiques et des faits documentés, plutôt que sur des arguments généraux, à propos des éléments suivants : la plus-value avérée apportée par différents types d’acteurs locaux de la société civile aux résultats de l’action humanitaire sur les populations touchées et l’impact du rôle de la société civile en matière d’exigences de redevabilité quant aux pratiques des acteurs internationaux ou étatiques. Quels éléments ont changé, pour qui, et quelles données factuelles le démontrent ?

Renforcer les capacités sans transiger : vers un leadership étatique davantage fondé sur des principes

La deuxième ambition (visant l’existence d’acteurs étatiques qui fondent leur réponse aux populations de leurs territoires sur l’inclusivité et les besoins) se situe à l’une des frontières les plus controversées de la pratique humanitaire. Le renforcement de la capacité et du leadership des États représente en principe l’une des voies les plus évidentes pour faire advenir un système humanitaire plus soutenable, dont les autorités locales puissent se saisir. En pratique, les acteurs humanitaires ont souvent hésité à y investir, craignant de compromettre la neutralité, l’indépendance ou le caractère impartial et fondé sur les besoins de leur stratégie de réponse, en particulier dans les espaces où l’autorité étatique est contestée, politisée ou partie prenante de conflits.

Pour ce nouveau dossier, nous cherchons des éléments mettant en évidence que cette tension peut être maîtrisée, et qu’elle l’est dans les faits. Dans quels cas les acteurs humanitaires internationaux ont-ils coopéré avec les autorités à l’échelle nationale et infranationale, ou soutenu le développement de leurs capacités (à travers la gestion collective de mécanismes de coordination, l’investissement dans les capacités techniques ou de planification, l’évaluation conjointe des besoins, l’appui aux services publics ou le transfert des rôles décisionnaires) avec à la clé un renforcement tangible de la faculté de ces autorités à exercer leurs prérogatives, tout en menant des stratégies de réponse responsables, impartiales, et fondées sur les besoins ? Quels éléments spécifiques s’en sont trouvés consolidés (la capacité technique, la volonté politique, la mise à disposition de ressources, la légitimité, la redevabilité envers les citoyens) et quels exemples prouvent que cela s’est traduit par une réponse plus juste et de meilleure qualité pour les populations touchées, au-delà du simple transfert de responsabilité ?

Notre intérêt porte tout autant sur les garde-fous et les conditions qui ont rendu cela possible : quels accords, lignes rouges ou mécanismes conjoints de gouvernance ont permis aux acteurs internationaux de jouer un rôle dans le leadership étatique sans étioler leur impartialité ou leur aptitude à cibler leurs actions en fonction des besoins ? Et là où de telles tentatives ont échoué (là où le renforcement des capacités de l’État s’est produit au détriment d’une réponse juste, ou bien là où les bonnes intentions n’ont aucunement infléchi l’autorité étatique), quels enseignements peut-on en tirer ?

Pour ce deuxième domaine de recherche, nous sollicitons des articles qui documentent des exemples (à travers différents programmes, structures de coordination et partenariats opérationnels ou de plaidoyer) d’acteurs internationaux ayant fourni des capacités aux autorités étatiques ou infranationales en soutenant, plutôt qu’en compromettant, une action humanitaire responsable, impartiale et fondée sur les besoins. Les contributions devront également illustrer avec honnêteté les conséquences, les limites et les conditions d’un tel succès.

Changer de l’intérieur : faire face aux instincts de survie d’un système en pleine rétraction

La troisième ambition suppose que les acteurs humanitaires internationaux apportent une valeur ajoutée à même d’améliorer les résultats du côté des personnes touchées, sans affaiblir la société civile locale ou l’autorité et la compétence gouvernementales. Elle exige une transformation institutionnelle bien plus difficile à mettre en œuvre et bien moins visible qu’un revirement dans l’allocation des financements : une véritable mutation des méthodes de travail en interne, des motivations et des instincts des bailleurs de fonds, des agences de l’ONU et des ONGI elles-mêmes.

Les coupes financières radicales de ces dernières années n’ont fait qu’accentuer l’urgence de cette ambition, tout en la rendant, à de nombreux égards, plus difficile à concrétiser. Ces conditions de rareté auront renforcé précisément les comportements que la localisation est censée corriger : une concurrence plus aiguë entre les organisations pour un volume de financement en baisse ; une préoccupation institutionnelle axée sur la survie des organisations, susceptible d’entraver la prise de décisions fondées sur des principes ; enfin, une expansion continue du « business » opérationnel des acteurs internationaux (leur empreinte, leur marque, leur capacité à apporter leur aide de manière directe), y compris dans des contextes où les acteurs locaux ou étatiques pourraient exercer un leadership crédible. Pour que la localisation ait un sens au-delà d’un simple objectif de financement, elle doit résister à ce type exact de pression, et ne pas s’en tenir aux moments de relative sérénité institutionnelle.

Ce numéro vise à exposer des récits honnêtes et documentés illustrant à quoi ressemble réellement la lutte contre ces dynamiques vue de l’intérieur. Dans quels cas des organisations internationales ont-elles fait le choix délibéré de renoncer à la concurrence pour des financements ou de la visibilité dans une intervention donnée, favorisant le leadership d’un acteur local ou étatique ? Dans quelles situations les structures incitatives (indicateurs de performance du personnel, objectifs de levées de fonds, cadres stratégiques sur les risques et la conformité réglementaire, modèles de croissance des bureaux pays) ont-elles été identifiées et modifiées, car elles allaient à l’encontre des engagements de localisation ? Qu’a coûté cette réorientation à l’organisation ou qu’a-t-elle exigé de ses instances dirigeantes ? À l’inverse, dans quels contextes le désengagement financier a-t-il produit une accélération visible d’un comportement d’autoprotection et d’expansionnisme contraire aux engagements de localisation déclarés, et quels éléments ont permis ce fossé entre réglementation et pratique ?

Pour ce troisième axe de recherche, nous demandons des articles ancrés dans une expérience institutionnelle réelle (illustrant aussi bien des réussites, des échecs et des tensions non résolues) d’acteurs internationaux ayant modifié leurs processus internes pour constituer une valeur ajoutée sans concurrencer, écarter ou affaiblir le pouvoir de la société civile locale ou de l’État, en particulier dans un contexte de pression aux coupes financières. Qu’est-ce qui a changé, quelles en ont été les conditions nécessaires et quelles preuves permettent de montrer que cette transformation a eu un impact sur les personnes affectées, et non pas uniquement sur le positionnement institutionnel ?

Types de contributions attendues

Pour ces trois axes thématiques, nous accordons la priorité aux contributions enracinées dans une pratique et des faits documentés, par rapport aux déclarations de positionnement ou aux commentaires généraux. Nous recherchons des articles qui rendent compte de réels changements (quant aux conséquences effectives pour les populations touchées, aux relations de redevabilité, à l’autorité étatique ou aux processus internes des organisations internationales) et qui reconnaissent honnêtement ce qui n’a pas évolué, ou seulement en apparence.

Sont particulièrement bienvenues les contributions provenant d’ODF, d’ODR, d’ONG nationales et d’autorités étatiques ou infranationales, dans lesquelles ces acteurs reviennent avec leurs propres mots sur leur expérience du partenariat, de la redevabilité et du renforcement des capacités. Nous recevrons également les articles contenant des réflexions franches d’organismes donateurs, d’agences des Nations unies et d’ONGI concernant les transformations de processus internes (y compris leurs récits de résistance, d’échec ou de revirement, souvent plus instructifs que de parfaites success stories).

Nous recevrons aussi les analyses comparatives conduites entre plusieurs types de contextes et de crises, les évaluations critiques de l’architecture réglementaire qui sous-tend la localisation (dont le Grand Bargain, le « Humanitarian Reset » et les indicateurs employés pour suivre les progrès réalisés) et les études caractérisées par leur rigueur méthodologique qui mettent à l’épreuve les affirmations à propos de l’impact de la localisation à la lumière des faits plutôt que des intentions. Enfin, nous sollicitons des contributions qui définissent, à partir de ces éléments factuels, ce qu’exigerait concrètement, à l’avenir, la réalisation effective des objectifs ultimes de la localisation : des États attachés à des principes, une société civile diversifiée et capable de rendre des comptes et un système international créateur de valeur ajoutée.

 

Traduit de l’anglais par Julou Dublé

 

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